Auteur/autrice : Solenn

Le dé d’Atanas (L’Arcamonde 1) – Hervé Picart



Au cœur de Bruges, Frans Bogaert tient une petite boutique d’antiquités, “L’Arcamonde”, avec l’aide discrète de Lauren, une jeune femme mystérieuse, sosie de Lauren Bacall . Une séduisante cliente, Margaret Van Ostande,  lui demande d’expertiser un petit objet ressemblant à un dé, et ayant appartenu à Atanas, son grand-père d’origine lituanienne. Sous le charme de Margaret, Frans ne va pas ménager ses efforts pour découvrir les origines et la fonction de cette étrange objet. Mais il va vite se rendre compte que Margaret ne lui a pas tout dit…


Voilà donc le premier tome d’une série-fleuve, puisque 12 volumes sont d’ors et déjà annoncés (deux dont déjà sortis, le troisième sera disponible en novembre). Dans cette première enquête, Frans Bogaert  plonge dans les méandres de la mythologie lituanienne, mais rien de poussiéreux dans tout ça, notre antiquaire  dispose d’une arrière boutique équipée des technologies les plus modernes pour l’aider dans ses investigations! L’enquête est plaisante, louchant souvent vers le fantastique, mais c’est l’atmosphère qui m’a séduite avant tout: “L’Arcamonde” possède un charme irrésistible, un rien désuet, c’est une petite bulle hors du temps, perdue dans le brouillard de Bruges, et peuplée de personnages mystérieux: Même Frans ne sait rien de son assistante énigmatique,  qui semble tout droit sorti d’un film hollywoodien. Et si Frans lui même semble d’abord un homme très simple, on découvre au détour d’une conversation qu’il a  lui aussi ses secrets… Voilà de quoi titiller la curiosité du lecteur et lui donner très envie de lire la suite de la série. Le tout est servi par une écriture très élégante, et quand j’ai tourné la dernière page, j’étais vraiment conquise, et impatiente de me plonger dans le deuxième tome!


Le Castor Astral 2008, 209 pages, 12€

Lu aussi par Clarabel
Le blog officiel de la série: http://arcamonde.hautetfort.com/

L’amour comme par hasard – Eva Rice

l'amour comme par hasard

Depuis la mort de son père à la guerre, la jeune Pénélope vit avec sa mère et son frère Inigo à Magna, la grande demeure familiale qu’ils ne peuvent plus entretenir faute de moyens. Au hasard d’une rencontre dans une rue londonienne, Pénélope se lie d’amitié avec Charlotte, une jeune fille fantasque avec qui elle partage notamment une passion pour le chanteur Johnny Ray.  Charlotte présente aussi à Pénélope sa tante Clare, qu’elle aide à écrire ses mémoires, et son cousin Harry, qui rêve de devenir magicien et de reconquérir Marina, une riche américaine.

“L’amour comme par hasard” (quel dommage d’avoir ainsi modifié le titre original, “The lost art of keeping secrets” qui a tellement plus de sens et de saveur!) est un roman so british: On y croise des jeunes filles de bonne famille mais désargentées, des tantes excentriques et de séduisants cousins, on s’empiffre de scones au gingembre pendant l’incontournable tea time, et on y fait des “dîners de canard” dans des maisons qui tombent en ruine. Nous sommes en 1954, c’est la fin  du rationnement, les anglais réalisent que la guerre est bel et bien finie. Ivres de liberté et d’insouciance, Pénélope et ses nouveaux amis enchaînent les soirées mondaines, se gavent d’art et de musique: Jazz ou rock’n roll, telle est la question, alors qu’Elvis Presley débute tout juste sa carrière de l’autre côté de l’Atlantique et que les Teddy Boys envahissent les rues de Londres… On se laisse facilement charmer par ce portrait d’une génération, qui aborde aussi des thèmes plus profonds, comme le deuil, l’attachement aux êtres et aux choses, le passage à l’âge adulte. “L’amour comme par hasard” est un roman charmant et virevoltant, sans doute pas inoubliable, mais avec lequel on passe vraiment un moment délicieux!


Le livre de poche, 537 pages, 6,95€, traduction de Martine Leroy-Battistelli (Titre original: The lost art of keeping secrets)
Vous pouvez retrouver les avis d’une quinzaine de blogueurs dans le dossier spécial du livre de poche.

Les feuilles mortes – Thomas H. Cook


Propriétaire d’un magasin de photos dans une petite ville américaine, Eric Moore mène une vie tranquille avec sa femme Meredith et leur fils de 15 ans, Keith. Ce dernier joue parfois les baby-sitters pour des voisins. Ainsi un soir, il garde la jeune Amy, mais le lendemain matin, la petite fille est introuvable, et les soupçons de la police se portent aussitôt sur le fils d’Eric.

Après la stupéfaction, le doute va aussi faire son chemin chez Eric: cet adolescent solitaire et taciturne avec qui il n’arrive pas à communiquer n’est certes pas le fils dont il rêvait. Est ce que cela en fait un coupable pour autant? Puis insidieusement, comme la gangrène, le soupçon va grignoter la vie d’Eric, il se met à douter de tout et de tous, de sa femme, de lui même: Sa propre enfance lui revient en pleine figure, sous un éclairage nouveau qui lui laisse penser que toute sa vie pourrait n’être qu’une succession de mensonges… En ouvrant ce livre, je m’attendais clairement à un polar, mais ce n’est pas tout à fait le cas, on est ici plutôt dans le roman noir, très axé sur la psychologie du personnage principal. Contre toute attente, la disparition de la petite Amy n’est pas le point central du récit, mais plutôt un déclencheur: La prise de conscience d’Eric, sa souffrance, les sentiments confus qu’il éprouve envers ses proches sont le véritable moteur de ce roman. Même si cet aspect est intéressant, et le point de vue original, j’ai un peu regretté quand même le manque de consistance de l’enquête qui passe souvent au second plan, et qui réserve finalement peu de surprises.

Gallimard Série Noire, 275 pages, 22,50€

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

A contretemps – Jean-Philippe Blondel


A 18 ans, Hugo quitte la maison familiale et une mère un peu envahissante pour suivre des études de lettres à Paris. Il  loue une chambre dans l’appartement de Jean Debat, un homme discret et taciturne qu’il ne fait que croiser entre deux portes. Hugo se trouve un job dans un bar, se crée un petit cercle d’amis parmi lesquels une libraire, Michelle, à qui il emprunte un jour un livre d’un certain Pascal Cami, intitulé “A contretemps”. Mais quand son logeur découvre ce roman dans son appartement, il est bouleversé, et il confie à Hugo qu’il en est l’auteur.

L’un sort de l’adolescence, c’est un lecteur insatiable qui se laisse un peu porter par les évènements, plein  d’incertitudes sur lui-même et sur le chemin qu’il veut prendre. L’autre a déjà vécu, et souffert, a cru trouver sa voie, a perdu dans la bataille ses rêves et ses illusions. Un livre va rapprocher ces deux êtres solitaires qui pensaient n’avoir rien en commun. Je ne peux pas dire que la relation entre Hugo et Jean ou leurs histoires respectives m’aient vraiment touchée mais comme d’habitude j’ai été sensible à la plume délicate et mélancolique de Blondel. On retrouve ici aussi l’habileté de l’auteur à établir une connivence avec le lecteur: c’est un roman qui  nous parle un peu de nous, notamment parce qu’il y est beaucoup question de livres, un moyen infaillible pour séduire une lectrice!  Je ne sais pas si je conseillerais ce roman à ceux qui voudraient découvrir Jean-Philippe Blondel (allez voir plutôt du côté d’Accès direct à la plage ou 1979), mais ceux qui aiment déjà cet auteur retrouveront ici avec beaucoup de plaisir un univers familier et attachant.


Robert Laffont 2009, 240 pages, 19€
Lu aussi par Clarabel, Amanda, Laurence

L’église des pas perdus – Rosamund Haden


En 1990, des ossements humains sont découverts par une petite fille près de l’église indigène d’Hebron, en Afrique du Sud. Cette découverte ravive les souvenirs de deux vieilles femmes: Catherine, fille de propriétaires blancs, et Maria, fille de la domestique noire, étaient inséparables durant leur enfance. Mais suite à un drame familial, Catherine a du quitter brusquement la ferme et Maria. Devenue adulte, elle revient sur la terre de son enfance et retrouve son amie. Mais la ferme
appartient désormais à un couple, Tom et Isobel Fynchman, et Catherine tombe sous le charme de Tom.

Au delà du mystère qui règne sur l’ensemble du récit (à qui appartiennent les ossements? Qui est vraiment Tom?), “L’église des pas perdus” est avant tout un roman sur l’enfance et l’attachement à une terre. Un roman sur la liberté aussi, Catherine bravant les interdits de l’époque et du pays, ignorant les commérages pour vivre tant son amour pour Tom que son amitié avec Maria, sur fond d’apartheid. Une amitié qui résistera à tout, au temps et à l’éloignement, aux hommes et aux drames. J’ai parfois été gênée par le style un peu rugueux de ce roman, et sa construction très “hachée”: phrases et paragraphes très courts, allers-retours dans le temps, allusions énigmatiques. Mais j’ai en revanche beaucoup aimé les histoires croisées de Catherine et de Maria, et les décors majestueux de l’Afrique du sud! Partout résonne l’écho de l’enfance des deux femmes, et on se laisser hypnotiser par leurs souvenirs: Les expéditions nocturnes dans l’église indigène, les baignades dans l’étang, les courses dans le veld au milieu des koppies… A lire, surtout pour cette atmosphère envoûtante.


Le livre de poche 2008, 283 pages, 6,60€ (Traduction de Judith Roze)

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