Auteur/autrice : Solenn

La sagesse de la courriériste du coeur – Carlotta Alessandri

3-etoiles.gif

la-sagesse-de-la-courrieriste-du-coeur.gif

Très chère Elise, Mon mari est adorable
Ma meilleure Amie A un Amant
Un Jour elle m’a dit Bouge fait comme Moi
et me voilà parti. Depui un moi
J’ai un amant
Je Bois du vin Je m’abille et Maquille
Differament Je me sens libre
Jusqu’au jour ou mon Mari
va se douter de quelque chose
Je suivrais votre conseil Bon ou Mauvais

Nathalie


Le courrier du coeur est une histoire organique, une histoire de papier, chiffonné, plié en deux, en huit, bouts de
nappe arrachés ou joli papier à lettres. Une histoire de colle, de salive, de traces de doigts et d’espoir.
Quand on ne sait plus comment
trouver un sens à sa vie, un homme à aimer, une page à tourner, il y a cette phrase en haut de la page du courrier du coeur:
“Vous
éprouvez des difficultés dans votre vie sentimentale, vous avez envie de vous confier? Elise est là pour vous aider”. (4ème de couverture)

Depuis 20 ans, Carlotta Alessandri est Elise, la responsable de la rubrique “courrier du cœur” du magazine Nous Deux. Curieux métier dans lequel elle reçoit les confidences
d’inconnues: il y est question d’amour et de solitude, de choses légères (un premier baiser, un amant, l’attirance pour un homme que l’on croise tous les matins ou que l’on voit une fois par an)
mais aussi plus graves, inceste ou violence conjugale. Pour Elise, il s’agit alors d’
imaginer qui se cache derrière ce cœur en
détresse
, de dompter l’émotion pour prendre le recul nécessaire, de lire entre les lignes, de trouver le compromis entre la réponse que l’on attend et
celle que l’on ne veut pas entendre… Il faut remodeler les lettres pour en retirer la substantifique moëlle, pour qu’elles parlent à toutes les lectrices sans pour autant leur retirer
leur particularité. On sourit souvent en lisant les quelques lettres retranscrites dans ce livre, leur candeur désarmante, leur côté un peu suranné, leur orthographe douteuse… Pourtant jamais
ces mots maladroits ne sont ridicules et l’auteur sait nous faire partager la poésie de ces missives et la tendresse qu’elle ressent pour toutes ces correspondantes anonymes. Un livre très court
(une centaine de pages) mais très riche, sur un métier rare et magique.

Ce livre fait partie d’une collection lancée par les éditions L’œil neuf intitulée “la sagesse d’un métier”: vous pouvez retrouver l’ensemble des titres parus ici (la sagesse de l’éditeur ou du bibliothécaire, la sagesse du médecin ou du photographe…). Beaucoup de ces titres m’intéressent, donc je vous reparlerais
sûrement de cette collection bientôt !

Editions L’œil neuf 2007, 110 pages,
12,50€

Le combat d’hiver – Jean-Claude Mourlevat

4-etoiles.gif

le-combat-d-hiver-copie-1.gif

Deux adolescentes, Helen et Milena, vivent avec d’autres orphelines dans un pensionnat particulièrement austère et strict. Un soir, Helen profite d’une faveur qui leur est accordée deux fois par an en allant rendre visite à sa consoleuse, une femme chargée de lui offrir un court moment d’amour et d’affection. Milena l’accompagne, mais la règle est claire, si elles ne rentrent pas à l’heure dite, une de leurs camarades sera enfermée au “Ciel”, un cachot tristement célèbre. Sur le chemin, les deux amies font la connaissance de deux garçons du pensionnat voisin, Milos et Bartolomeo. Quand elle sort de chez sa consoleuse quelques heures plus tard, Helen a une bien mauvaise surprise : Milena s’est enfuie en compagnie de l’un des garçons.

Je meurs d’envie de vous en dire plus pour vous donner envie de lire ce livre, mais ce serait vraiment dommage de déflorer l’intrigue (la quatrième de couverture en dit déjà beaucoup trop!). La fugue de Milena n’est que le point de départ d’une histoire très riche: A la fois récit initiatique et roman d’aventures imprégné de fantastique (on y croise des hommes hybrides, à moitié chien ou cheval), ce livre ne manque pas de souffle avec des personnages forts et attachants, une progression haletante et des rebondissements bien dosés. Le lieu et l’époque restent flous, Mourlevat construit un univers sombre et inquiétant dont le décor fait souvent penser à une grande ville européenne du XIXe, un peu à la Dickens, mais le thème et certaines scènes s’inspirent aussi de la seconde guerre mondiale. Un monde intemporel donc dans lequel les grands thèmes de la liberté et de la résistance se mêlent avec beaucoup de subtilité aux préoccupations de l’adolescence. A part la toute fin du roman que j’ai trouvé un peu plate, “Le Combat d’hiver” est vraiment un roman d’une très belle qualité, sans aucun doute l’un des meilleurs livres pour ados que j’ai pu lire récemment!

Gallimard 2006, 330 pages, 15€
Les avis enthousiastes de Flo, de Laure, de Clochette et de Clarabel!
Et pour lire les premières pages de ce roman, cliquez ici

Une canaille et demie – Ian Levison

3-etoiles.gif

Blessé au cours d’un braquage, poursuivi par la police, Dixon trouve refuge par hasard chez
Elias, un prof d’histoire du New Hampshire. Ayant surpris ce dernier dans une situation embarrassante, Dixon le fait chanter et l’oblige ainsi à l’aider. Pendant plusieurs jours les deux hommes
vont cohabiter et construire une relation étrange, entre méfiance, provocations et confidences. Denise, une fliquette séduisante, un peu désabusée parce qu’elle n’arrive pas à obtenir la
promotion qu’elle mérite, va s’immiscer dans ce duo improbable.
Malgré les apparences (un braqueur, un otage, un agent du FBI) Une canaille et demie tient plus du roman noir que du polar. Les repères
traditionnels tombent rapidement, on se prend d’emblée d’affection pour le braqueur qui rêve d’une existence simple et tranquille, alors que l’otage se révèle un petit être pathétique, arriviste
et sans morale. La confrontation entre les deux hommes est très bien menée, et comme dans son précédent roman (Un
petit boulot
), Ian Levison sait manier le poil à gratter : il dénonce encore ici les écueils
d’une société dans laquelle les dés sont pipés si l’on naît du mauvais côté de la barrière sociale, pauvre ou femme. Une canaille et demie n’a pourtant pas le mordant d’un petit
boulot
(que je vous recommande!) et manque parfois de rythme et d’intensité. Peu importe, ce roman original, et qui ne manque pas d’humour, permet de passer un très bon moment,
et Ian levison (qui n’a étrangement pas trouvé d’éditeur aux Etats-Unis pour ce livre) est vraiment un auteur à découvrir!
Editions Liana Levi 2006, 18€
Les avis de Papillon et de Chimère

La robe – Robert Alexis

3-etoiles.gif

Dans une ville de garnison (on imagine qu’elle se situe quelque part à l’est de l’europe), à une période indéterminée (au début du
XXème siècle ?), un homme en piteux état entreprend de raconter son histoire à un inconnu : il y a quelques années, alors jeune officier, il rencontre Rosetta, une jeune femme
mystérieuse mais peu farouche. Elle va lui ouvrir les portes d’un monde insoupçonné où tombent tous les tabous, toutes les inhibitions.
Voilà un roman particulièrement troublant, dans lequel s’entrelacent les thèmes du désir, de la sexualité, de la perversion, mais aussi de la
manipulation et de la folie. Personnage touchant et ambigü, le narrateur devient la victime consentante d’un piège pervers… “La robe” est un texte dense et hors du temps, à l’atmosphère hypnotique, presque hallucinatoire, qui provoque à la fois fascination et malaise. Dommage que la fin ne soit pas vraiment à la
hauteur du reste du récit : on attend un final choc, une chute vertigineuse, on échafaude les hypothèses les plus folles… Mais malheureusement la conclusion est un peu
précipitée  et les dernières pages se révèlent sans grande surprise. Cela ne m’empêchera pas cependant de vous recommander ce livre surprenant, à l’écriture remarquable.
Editions José Corti 2006, 122 pages, 14,50€

Hortense et Queenie – Andrea Levy





Hortense et Queenie
est un roman polyphonique, un récit à 4 voix. La première à prendre la parole est Queenie Bligh, une jeune londonienne dont le mari Bernard n’est pas revenu des Indes à la fin de la seconde guerre mondiale. Contrainte de louer des chambres pour survivre, elle héberge notamment Gilbert, un jeune jamaïcain qui a servi dans la R.A.F. La femme de Gilbert, Hortense, a toujours souhaité vivre en Angleterre, mais ce pays qui a bien du mal à se relever après des années de guerre, le racisme ambiant, cette chambre sale et étriquée, tout ça ne ressemble vraiment pas à ce dont elle avait rêvé.
L’angleterre de l’après-guerre reste le coeur du roman, mais l’intrigue fait des allers-retours dans le temps et l’espace : On découvre progressivement la jeunesse d’Hortense en Jamaïque, l’enfance de Queenie dans la campagne anglaise, les difficultés de Gilbert au sein d’une armée profondément raciste,  celles de Bernard qui se retrouve à combattre à l’autre bout du monde. La vie n’est pas tendre avec nos quatre personnages, confrontés à la guerre, à l’intolérance, à la cruauté, à la trahison. S’ils sont peu sympathiques au début du roman, ils deviennent au fil des évènements terriblement attachants. Chacun d’entre eux va devoir réviser ses certitudes, abandonner ses illusions. J’ai une faiblesse particulière pour le personnage d’Hortense : Malgré ses grands airs, elle est d’une candeur désarmante, et on a le coeur qui se serre quand elle découvre cette angleterre décrépie, et que la réalité égratigne méchamment ses rêves de petite fille. Hortense et Queenie (le titre original, Small Island, me semble mieux correspondre à l’esprit du roman) est une belle saga, une galerie de portraits très émouvante!
Editions de la table ronde (Quai Voltaire) 2006, 444 pages, 22€