Ne te retourne pas – James W. Nichol





A l’âge de trois ans, Walker est abandonné sur le bord d’une route. Devenu adulte, il part à la recherche de son passé, armé de quelques maigres indices, et aidé dans sa quête par Krista, une jeune fille handicapée rencontrée à Toronto. Parallèlement aux recherches de Walker et Krista, l’on suit l’histoire de Bobby, un jeune garçon inquiétant né dans les années 50. Quel est le lien entre Bobby et Walker? Qui cherche à empêcher Walker de découvrir sa véritable identité?

La principale réussite de ce roman tient au personnage de Bobby: On suit le cheminement patient de la folie criminelle qui va bientôt le ronger, nourrie de sa mégalomanie et de ses frustrations. L’intrigue est angoissante et menée sur un rythme haletant. Dommage que ce thriller tombe souvent dans les travers du genre, raccourcis faciles ou personnages un peu caricaturaux. “Ne te retourne pas” est un polar honnête qui permet de passer un bon moment, sans pour autant révolutionner le genre.

Fleuve Noir 2005, 278 pages, 18€
Sélection Prix Elle 2006

La saison des prix, 2ème partie: Medicis, Femina et Goncourt des lycéens


Prix Médicis: “Fuir” de jean-Philippe Toussaint (Editions de Minuit)

Jean-Philippe Toussaint a obtenu 7 voix sur 9.

Prix Médicis du roman étranger:”Neige” d’Orhan Pamuk

Prix Médicis de l’essai: “La vie sauve” de Lydie Violet et Marie Desplechin


Prix Femina: “Asiles de fous” de Regis Jauffret (Gallimard)

Il l’a emporté au 7ème tour par 7 voix contre 5 à Christophe Donner pour “Bang Bang” (Grasset).

Prix Femina du roman étranger: “Les chutes” de Joyce Carol Oates (editions Philippe Rey)

Prix Femina de l’essai: “L’ensauvagement” de Thérèse Delpech (Grasset).


Prix Goncourt des lycéens: “Magnus” de Sylvie Germain

Sylvie Germain l’a emporté au second tour avec sept voix, devant “L’attentat” de Yasmina Khadra (4 voix) et “Falaises” d’Olivier Adam (2 voix).

J’ai eu la surprise de constater que la dépêche de l’AFP annonçant les différents lauréats avait repris un extrait du Carnet de Lectures pour présenter “La vie sauve“… C’est le début de la gloire

Dommage que le journaliste n’ait pas jugé utile de citer sa source!

La saison des prix, 1ère partie: Goncourt et Renaudot 2005

La traditionnelle période des prix littéraires a été lancée aujourd’hui par l’attribution du Prix Goncourt et du prix Renaudot.

Prix Goncourt: “Trois jours chez ma mère” de François Weyergans (Grasset)



Weyergans l’a emporté par 6 voix contre 4 à Michel Houellebecq et “La possibilité d’une île”.

4ème de couverture: Le héros de ce roman, un homme désemparé, décide, le jour de ses cinquante ans, d’annuler tous ces rendez-vous afin d’essayer de savoir où il en est. Il voudrait changer de vie, de métier, de femme, de ville, et même d’époque ! “Je refuse, se dit-il, le côté vomitoire de celui qui se penche sur son passé, je veux m’élancer vers le futur”. Cependant, il ne peut s’ abolir ce passé dont il voudrait se délivrer. Il se souvient d’un voyage de deux mois, en Italie et en Grèce, avec sa femme. Ce voyage a failli les séparer, mais le souvenir qu’il en garde le rend amoureux d’elle. Et pourtant, affirme-t-il, “j’aurais passé ma vie à souhaiter vivre avec d’autres femmes qu’elle”.

Prix Renaudot: “Mes mauvaises pensées” de Nina Bouraoui (Stock)



Nina Bouraoui a obtenu 6 voix contre 5 à Alain Mabanckou pour “Verre cassé”. C’est la voix du président, comptant double en cas d’égalité, qui a permis de départager les deux ouvrages.

4ème de couverture: “Pendant trois ans, je me suis rendue une fois par semaine chez le docteur C. À chaque séance, j’avais l’impression de lui donner un livre, il s’agissait toujours de liens, de séparations, de rencontres, à chaque séance, je construisais et déconstruisais un édifice amoureux. Mes mauvaises pensées est le récit de cette confession, j’ai voulu raconter le métier de vivre et le métier d’aimer. Ce n’est pas le récit d’une thérapie, ce n’est pas une légende, c’est un roman parce que c’est une histoire rapportée ; c’est l’histoire de ma famille, de l’Amie, de la Chanteuse, d’Hervé Guibert, c’est l’histoire de mes deux pays. Je n’ai jamais quitté l’Algérie, on m’a enlevée à l’Algérie, je n’ai jamais fait mes adieux, j’ai appris à devenir en France et je crois que je suis née deux fois. Mes mauvaises pensées est aussi mon retour vers le pays où j’ai laissé quelque chose qui n’a jamais cessé de grandir dans mon dos, et qui n’a jamais cessé de m’effrayer.”

D’autres prix majeurs seront décernés la semaine prochaine, Le Goncourt des lycéens, le Médicis et le Femina (le lundi 7 novembre) et l’Interallié (le mardi 8 novembre).

1979 – Jean-Philippe Blondel

Un matin, les habitants d’un quartier découvre une simple date tagguée sur un mur: “1979”. Les souvenirs des uns et des autres refont surface: Pour beaucoup d’entre eux, cette année 79 a marqué un tournant, sous la forme d’un deuil, d’un mariage, d’un accident, d’une rencontre… Peu à peu le doute s’insinue: cette inscription est elle un hasard ou une menace adressée à l’un d’entre eux?

J’avais été emballée l’année dernière par “Accès direct à la plage” (Cf mon top 2004), un roman que m’avait conseillé Clarabel (un grand merci à elle 😉 ). Jean-Philippe Blondel est un romancier du quotidien et de la nostalgie. Il gratte la banalité pour faire apparaître les secrets et les aspirations de ses personnages. Il excelle dans le détail qui fait mouche, dans ces minuscules fêlures qui vous serrent le cœur, dans ces petits riens qui donnent toute sa dimension à un être. Si je garde une petite préférence pour “Accès direct à la plage“, j’ai cependant retrouvé dans “1979” la patte qui m’avait tant séduite, cette capacité à rendre des personnages si proches et si attachants, mais aussi cette simplicité dans l’écriture et l’atmosphère, agrémentée ici d’une pincée de suspens bien conduit.


Pocket 2005 (2004 pour l’édition originale), 184 pages, 5.50€

La vie sauve – Lydie Violet et Marie Desplechin


La quarantaine active, la vie de Lydie Violet tourne autour de ses deux enfants, de son boulot dans une maison d’édition, de son mariage qui bat de l’aile. Mais après une violente crise d’épilepsie, on lui découvre une tumeur au cerveau. Avec l’aide de l’écrivain Marie Desplechin, elle évoque les souffrances et les doutes, les questions inéluctables sur la mort, mais aussi la vie qui continue, l’intensité que revêt désormais chaque instant, chaque victoire, chaque bonheur.

Malgré la gravité du sujet, il y a de la fraîcheur dans ce témoignage débarrassé des politesses hypocrites, des oripeaux sociaux. Lydie Violet et Marie Desplechin ont choisi le parti de la franchise, et racontent les médecins déshumanisés, l’administration sans âme, les amis maladroits ou absents, les regards gênés, les encouragements vides de sens. Qu’importe quand on n’a plus le temps de ménager ceux qui ne le méritent pas, quand on n’a plus le temps des faux semblants. La plume bien vivante, les paragraphes courts et incisifs, l’humour et la dérision donnent une légèreté inattendue à cette très belle leçon de vie et d’espoir.

Editions du Seuil 2005, 127 pages, 12€
Sélection Document du Grand Prix des lectrices de Elle 2006