L’attrape-cœurs – J.D. Salinger

L'attrape-cœurs de J. D. Salinger

Pour l’édition de juin de Les classiques c’est fantastique organisé par Moka, le thème était Tout plaquer ! Introspection, solitude et isolement. Comme j’avais déjà passé Une année à la campagne pour l’édition de mai consacrée à la nature, j’ai décidé cette fois de rester en ville avec L’attrape-cœurs de J.D. Salinger, publié en 1951.

Holden Caufield est un adolescent de 16 ans qui vient d’être renvoyé de son pensionnat huppé, juste avant les vacances de Noël. Après s’être battu avec son camarade de chambre, il s’enfuit de son collège mais préfère errer dans les rues de New-York plutôt que de rentrer chez lui et d’affronter ses parents.

Tout le roman de Salinger repose sur le personnage d’Holden, adolescent torturé qui n’aime rien ni personne, et qui n’arrive pas à trouver sa place. Traumatisé par la perte de son jeune frère, décédé d’une leucémie, Holden est perdu entre l’enfance et l’âge adulte. Pendant trois jours il erre de bar en bar, de souvenir en souvenir, essaye d’appeler quelques connaissances, fait des rencontres au hasard de ses pérégrinations, mais personne n’arrivera à le sortir de sa profonde solitude et de la dépression dans laquelle il s’enfonce.

L’attrape-cœurs est un roman sombre, l’appel à l’aide d’un ado qui grandit dans un monde qu’il perçoit triste et sans espoir. Holden est plutôt agaçant : il s’exprime grossièrement (le style brut et familier a déplu à plus d’un lecteur), et surtout il a un avis très arrêté et négatif sur tout ce qui l’entoure. Il n’a aucun filtre non plus dans sa relation aux autres, ce qui complique ses relations amicales ou amoureuses. Pourtant on ne peut s’empêcher de s’attacher à lui au fil des pages.

Un livre culte, sans doute parce que la colère et le désespoir qui se dégagent de ces pages ont dû parler à nombre d’adolescents au fil des décennies.

L’attrape-cœurs de J.D. Salinger, éditions Robert Laffont / Pavillons Poche, 256 pages

Une année à la campagne – Sue Hubbel

 

Une année à la campagne de Sue Hubbel

Voici ma 1ère participation au challenge Les classiques c’est fantastique (saison 5) organisé par Moka. Le thème de ce mois de mai était “L’écrivain.e et la nature”.

“Une année à la campagne” est un récit autobiographique de Sue Hubbel publié en 1986, et qui est toujours édité aux éditions Folio. Cette bibliothécaire et son mari ont décidé de s’installer dans les Monts Ozarks, dans le Missouri, pour y devenir apiculteurs. Son mari la quitte, elle reste, devenant  “La dame aux abeilles”. 

Dans ce livre elle raconte une vie simple et solitaire dans une région isolée, où le quotidien est souvent rude. Une existence frugale aussi : malgré ses 18 millions d’abeilles, elle peine à vivre de son activité. Mais c’est l’opportunité pour cette biologiste de formation de vivre en harmonie avec la nature, et de partager avec le lecteur le fruit de ses observations au fil des saisons. Je ne suis pas une férue de nature et pourtant j’ai adoré découvrir plein de détails sur la faune et la flore, les abeilles, les termites, les grenouilles, les araignées, les chauve-souris ou même les parasites qui se nichent dans les oreilles des papillons. L’autrice partage ses connaissances avec beaucoup d’humour, de poésie et d’enthousiasme. 

En nous emmenant à sa suite dans toutes ses activités du quotidien, elle dessine aussi l’autoportrait d’une femme d’exception, solide et indépendante, mais toujours humble. Ici elle répare le moteur de son vieux camion ou lutte contre l’installation d’un barrage dans la région, là elle consolide une grange, empêche un énorme serpent ratier noir de dévorer des oisillons, se fait piquer par une araignée recluse brune, ou prépare une tarte aux kakis pour ses invités (et elle nous donne même la recette). 

Un livre serein et apaisant, d’une grande richesse, j’ai beaucoup aimé cette échappée verte et la rencontre avec cette femme fascinante, décédée en 2018. 

Une année à la campagne de Sue Hubbel, éditions Folio, 272 pages

 

Je suis leur silence de Jordi Lafebre : un polar à Barcelone

Je suis leur silence

Eva Rojas, jeune psychiatre espagnole, doit répondre aux questions d’un de ses confrères, le Dr Lull, avant de pouvoir reprendre son activité professionnelle. Elle entreprend de lui raconter sa semaine passablement agitée : alors qu’elle devait soutenir son amie (et patiente) Penelope lors de la lecture du testament de sa grand-mère, l’un des convives est retrouvé mort. L’occasion pour Eva de se lancer dans une enquête échevelée. Mais la famille de Penelope, qui a fait fortune dans le milieu du vin, ne voit pas la présence d’Eva d’un bon œil.

J’avais beaucoup aimé la précédente BD du dessinateur espagnol Jordi Lafebre, Malgré tout, une histoire d’amour à rebours dans le temps. Ce nouveau titre est complètement différent puisqu’il s’agit d’un polar. Jordi Lafebre est particulièrement doué pour camper des personnages pétillants : si vous avez lu “Malgré tout”, vous vous souvenez forcément d’Anna et Zeno. Ici c’est le personnage d’Eva et son petit grain de folie qui font tout le charme de cette nouvelle BD. Impossible de résister à cette psychiatre bipolaire et sans filtre, accompagnée dans son enquête par les fantômes de ses aïeules espagnoles ! On ne peut qu’être fasciné par ses courbes parfaites, ses cheveux blonds ébouriffés, ses tatouages et son tempérament malicieux. Même si j’ai trouvé l’intrigue un peu trop classique, j’ai beaucoup apprécié cette BD pleine d’humour, au rythme trépidant

Je suis leur silence (clic)* de Jordi Lafebre, éditions Dargaud 2023, 112 pages

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Fabriquer une femme de Marie Darrieussecq : chronique de deux adolescences

 

Fabriquer une femme - Marie Darrieussecq

Rose et Solange sont deux adolescentes qui grandissent dans les années 80 à Clèves, une petite ville du Pays Basque. Rose est une jeune fille plutôt rangée et raisonnable. Elle forme déjà un mignon petit couple avec Christian mais se demande quand même si c’est “le bon”. Solange (personnage déjà croisé dans Clèves, un autre roman de Marie Darieussecq) habite en face de chez Rose. Issue d’un milieu modeste, elle a un tempérament plus rebelle et rêve déjà d’autres horizons. Leurs caractères très différents n’empêchent pas Rose et Solange d’être amies. Pourtant quand Solange tombe enceinte à 15 ans, les deux jeunes filles vont prendre des trajectoires radicalement opposées. 

Ce roman est construit en deux temps : dans la première partie du livre on suit d’abord Rose de son adolescence jusqu’à ses premiers pas dans l’âge adulte. Puis dans la deuxième moitié on adopte le point de vue de Solange, revenant parfois sur les mêmes événements, mais perçus de façon différente. 

J’ai beaucoup aimé ce roman, d’abord parce que les deux personnages sont de la même génération que moi, j’y ai donc retrouvé une ambiance et des souvenirs de mon adolescence dans les années 80/90. J’ai quand même préféré la première partie, celle autour de Rose. La 2e moitié autour du personnage de Solange m’a semblé plus caricaturale et un peu répétitive, même si c’est aussi là que le roman s’ancre le plus dans son époque, avec notamment l’apparition du Sida. Malgré ce petit bémol, Fabriquer une femme reste un roman très agréable à lire sur cette période charnière qu’est l’adolescence. 

Fabriquer une femme (clic)* de Marie Darrieussecq, éditions P.O.L 2024, 336 pages

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Les petites reines de Magali Le Huche, d’après Clémentine Beauvais

Les petites reines en BD

Astrid, Hakima et Mireille ont été respectivement élues Boudin d’or, Boudin d’argent et Boudin de bronze du collège Marie Darrieussecq de Bourg-en-Bresse. Loin de se laisser abattre par ce trophée qui lui a été décerné par Malo, son ami d’enfance, Mireille entraîne ses deux camarades d’infortune dans un projet un peu fou : rallier Paris en vélo pour s’inviter à la garden-party de l’Elysée le 14 juillet. Et pour financer leur voyage, et bien elles vendront… du boudin. 

Les petites reines est à l’origine un roman jeunesse de Clémentine Beauvais, adapté ici par Magalie Le Huche. Si cette BD aborde des sujets difficiles comme le harcèlement scolaire, la grossophobie ou le handicap, c’est malgré tout une lecture légère, fraîche et vivifiante grâce à l’auto-dérision et au dynamisme de l’incroyable Mireille. Les personnages sont tous très attachants et vont apprendre à se connaître tout au long de ce chemin semé d’embûches, construisant une amitié solide grâce à leur générosité, leur sens de l’effort et du partage. Une BD jeunesse touchante et pleine d’humour : n’hésitez pas à la piquer aux enfants ! 

Les petites reines (clic)* de Magali Le Huche, d’après Clémentine Beauvais, éditions Sarbacane 2023, 160 pages

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