Catégorie : Romans francophones

Lucie ou la vocation – Maëlle Guillaud {Prix du Meilleur Roman des éditions Points #2}

lucie ou la vocation

Alors qu’elle suit des études littéraires, Lucie décide de rentrer dans les ordres, à la grande surprise de sa famille et de sa meilleure amie Juliette. Devenue Marie-Lucie, elle va devoir confronter sa foi aux doutes de son entourage mais aussi aux règles particulièrement dures de la communauté religieuse qu’elle a choisi de rejoindre.

Voilà donc le 2ème roman que j’ai lu dans le cadre du Prix du Meilleur Roman des éditions Points. Le style est fluide, les chapitres courts, alternant le point de vue de Lucie et celui de Juliette, qui voit sa meilleure amie s’éloigner de plus en plus. J’ai d’abord aimé m’immiscer dans cet univers cloitré dont je ne connaissais rien, suivre Lucie dans son cheminement d’un côté et de l’autre partager l’incompréhension, les doutes, la colère de l’entourage, comparables aux étapes d’un deuil. La vocation de Lucie se révèle par petites touches au fur et à mesure du livre : la mort prématurée de son père, le désir d’introduire de l’exceptionnel dans sa vie, la pression des hautes études, son besoin de trouver un refuge, sa rencontre avec Mathilde qui elle aussi a décidé de rentrer dans les ordres.

Malgré sa foi la naïveté de Lucie va être mise à rude épreuve car au sein du prieuré c’est la violence psychologique et physique qui domine, bien plus que l’esprit de sororité. De ce point de vue, et même si ce récit n’a pas vocation à être un documentaire, j’ai trouvé qu’il manquait souvent de crédibilité, que ce soit sur la façon dont les sœurs sont traitées au sein du couvent (humiliées, menacées, droguées, gavées comme des oies…) ou sur le secret censé apporter du sel à l’intrigue, qui arrive un peu tardivement, et que j’ai trouvé superflu et tiré par les cheveux. C’est dommage, c’est un roman intéressant mais qui aurait gagné à un peu plus de finesse dans son propos et dans sa construction.

Lucie ou la vocation, 216 pages, éditions Points 2017 (1ère parution chez Héloïse d’Ormesson en 2016). Retrouvez les avis des autres jurés sur Le Cercle Points.

 

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Histoire du lion Personne – Stéphane Audeguy {Prix du Meilleur Roman des éditions Points #1}

 

Yacine est un jeune orphelin qui vit dans un village reculé du Sénégal à la fin du 18ème siècle. Il apprend à lire et à écrire auprès d’un missionnaire, le Père Jean, qui l’encourage à tenter sa chance auprès du directeur de la Compagnie Royale du Sénégal, Jean-Gabriel Pelletan. Pendant le long voyage qui le mène vers la ville portuaire de Saint-Louis, Yacine trouve un lionceau abandonné, qu’il nomme Personne (référence à L’Odyssée d’Homère), et qu’il décide de prendre en charge. Mais quand on est un animal sauvage, comment trouver sa place au milieu des hommes ?

Voici donc le premier roman que j’ai lu pour le Prix du Meilleur Roman 2018 des éditions Points, et j’avoue que dans la première sélection de 4 livres que j’ai reçue c’était sans doute le titre qui me tentait le moins. J’ai d’abord été déroutée par la forme qui se rapproche du conte philosophique, à la manière d’un Candide africain,  surprise par la tournure du récit qui n’emprunte pas les chemins habituels, mais aussi  fascinée par la langue élégante et chatoyante de Stéphane Audeguy, et c’est bien là ce que je retiendrais surtout de ma lecture. L’histoire du lion Personne est avant tout l’occasion de parcourir l’Afrique du 18ème, où l’esclavage fait encore partie des normes sociales, et de croiser entre-autres les signares, métisses sensuelles et puissantes femmes d’affaires qui règnent sur le commerce local. « Elles étaient les descendantes des femmes noires que certains Blancs ambitieux et célibataires, poussés vers les rivages du Sénégal par quelque scandale, banqueroute, parentèle hostile, avaient au fil du temps épousées de la main gauche » (!)

Personne et son désormais fidèle compagnon Hercule, un chien braque, seront ensuite envoyés en France, à l’aube de la Révolution, qui aura des conséquences dramatiques sur la Ménagerie Royale. A l’heure où il est de bon ton de couper la tête des rois, doit-on continuer à engraisser le Roi des Animaux alors que le peuple meure de faim ? L’auteur dépeint un univers où la violence et la mort sont omniprésentes et où l’animal est tour à tour objet de curiosité, danger, symbole, trophée selon le bon vouloir des hommes, qui n’en sortent pas grandis.  Beau et cruel, ce court récit (160 pages), atypique dans la littérature contemporaine, m’a finalement beaucoup plu malgré mes a-priori (c’est bien de sortir de temps en temps de sa zone de confort !)

Retrouvez tous les avis des jurés sur le site des éditions Points.

Histoire du lion Personne de Stéphane Audeguy, éditions Points 2017  – 6,50€

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[Roman] Ma mère du Nord – Jean-Louis Fournier

Ma-mere-du-nordAprès avoir évoqué son père (Il n’a jamais tué personne, mon papa), ses deux fils (Où on va papa?), sa femme (Veuf) et sa fille (La servante du seigneur), Jean-Louis Fournier revient une nouvelle fois avec un récit familial, celui-ci étant consacré à sa mère.  « Elle est la seule que je n’ai pas encore eue dans mon collimateur. Pourquoi maintenant? Parce que je suis vieux. C’est toujours chez leur mère que se réfugient les gangsters après leur dernier coup. Surtout, je voulais garder le meilleur pour la fin ».

Elle n’a pas eu une vie facile, Marie-Thérèse. Restée presque toute sa vie sous la coupe d’une bonne-maman envahissante, elle est poussée dans les bras d’un médecin alcoolique, dans l’espoir fou qu’elle pourra le remettre sur le droit chemin. C’était une femme discrète, hypocondriaque – comme le sont souvent les gens en mal d’amour – et qui rechignait à exprimer ses sentiments. Mais c’était aussi une femme solide, pugnace, indépendante, malgré la forte opposition de son mari (une femme de médecin ça ne travaille pas!), qui s’occupait quasiment seule de ses 4 enfants, et qui a toujours maintenu sa famille à flot malgré les tempêtes. C’était un rocher auquel ses enfants pouvaient s’agripper.

Le livre est une succession d’instantanés, il alterne les souvenirs de l’auteur et les descriptions de photos, invite aussi parfois les petits-enfants à évoquer un souvenir marquant de leur grand-mère.  J’aime beaucoup le style brut de Jean-Louis Fournier,  sans concessions ni fioritures, cette succession de phrases très courtes, comme s’il énonçait juste des faits alors qu’il en dit tant et plus entre les mots, cette ironie grinçante sous laquelle affleurent les sentiments. Il est aussi parfois espiègle, avec ce titre à double sens (Ma mère du Nord évoque à la fois la froideur apparente de sa mère, et le fait qu’elle était originaire d’Arras) et cette métaphore filante autour de la météo marine (Chaque titre de chapitre est rédigé à la manière d’un bulletin météo, « Pour Pas-de Calais, vents variables, la mer sera belleGrand frais en cours sur Pas-de-Calais, etc…). Ma mère du Nord est un livre simple, mélancolique, un récit très personnel mais tout en pudeur. Une lettre d’amour délicate, gorgée de tendresse, et de regrets aussi, d’un fils qui n’a jamais su dire à sa mère à quel point il l’aimait.

L’avis de Laure, celui de Grégoire Delacourt.
Editions Stock (Septembre 2015), 198 pages – Note/4 etoiles

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[Roman] L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – Romain Puertolas (Sortie Poche + Concours)

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Fakir de son état, Ajatashatru Lavash (prononcez J’attache ta charrue la vache) quitte son Inde natale pour 24h, avec pour tout bagage un faux billet de 100€, pour un projet bien précis: aller acheter un lit à clous chez Ikea. Mais alors qu’il avait prévu de passer discrètement la nuit dans le magasin, le voilà enfermé dans une armoire en partance pour l’Angleterre… Et ce ne sera que le début d’un long périple à travers l’Europe: de circonstances malheureuses en situations ubuesques, Ajatashatru va successivement se retrouver en Espagne, en Italie, puis en Lybie…

Le titre promettait une aventure originale, et je n’ai vraiment pas été déçue. Romain Puertolas nous invite à un voyage rocambolesque à travers l’Europe sur les traces de ce fakir haut en couleurs et bigrement attachant, un peu filou, un brin malhonnête mais toujours positif et bien décidé à s’améliorer. Au cours de ses aventures il va rencontrer de multiples personnages, une jolie française, un taxi gitan, un groupe de soudanais clandestins, une actrice du nom de Sophie Morceaux… des rencontres mémorables qui vont changer sa vie et l’obliger à se remettre en question. J’ai passé un excellent moment avec ce livre fin, drôle et enlevé, qui derrière le rire met aussi en avant le sort terrible des clandestins qui cherchent à rejoindre la terre promise européenne. A prescrire d’urgence à tous ceux qui ont besoin d’une dose de bonne humeur.

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Le livre est sorti en poche cette semaine et en partenariat avec Le Livre de Poche, je vous propose de remporter 4 exemplaires de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea!

Pour participer au tirage au sort il suffit de:

  • Laisser un commentaire ci-dessous avant le 31 mars (n’hésitez pas par exemple à me dire ce que vous lisez en ce moment, votre livre préféré, votre dernier coup de cœur… ou vous pouvez aussi souhaiter un bon anniversaire à mon blog qui a fêté ses 10 ans mercredi dernier 😉 )
  • Si vous partagez ce concours sur les réseaux sociaux, vous pouvez laisser un 2ème commentaire.

J’annoncerais les résultats début avril sur ma page Facebook

 

Le livre de poche organise également un grand concours sur Facebook du 20 mars au 2 avril, avec une application interactive personnalisée « Fakirisez-vous« . N’hésitez pas à tenter votre chance!

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[Roman] Une héroïne américaine – Bénédicte Jourgeaud

une heroine américaineA la fin de ses études Amelia Earhart, une jeune intellectuelle très réservée, quitte la France sur un coup de tête pour échapper à sa mère un peu envahissante qui n’envisage la vie qu’à travers les romans Harlequin qu’elle traduit. Amelia s’installe au Canada et trouve un poste à l’Université de Toronto. De fil en aiguille elle va être amenée à s’intéresser aux grandes figures mythiques de l’Amérique du Nord, notamment Brownie Wise, qui a popularisé la marque Tupperware dans les années 50 en lançant les fameuses réunions chez les ménagères.

Ce roman a deux particularités, d’abord il a reçu le Prix du livre romantique 2014, ensuite c’est le premier livre français édité par les éditions Charleston.  J’ai beaucoup aimé l’alternance entre la vie d’Amelia Earhart au début des années 90 et celle de Brownie Wise dans les années 50. A priori ces deux femmes sont très différentes mais on finit par leur trouver des points communs, leur singularité et leur désir d’indépendance notamment. Je n’avais jamais entendu parler de Brownie Wise auparavant, et j’ai mis un peu de temps à comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un personnage de fiction. J’ai été vraiment fascinée par le destin de cette femme, par sa volonté de sortir de sa condition, par son énergie, mais aussi par sa chute brutale. A travers Brownie on découvre aussi la difficulté des femmes à s’imposer sur le marché du travail à cette époque et les prémices du féminisme, de manière assez paradoxale puisque la marque Tupperware est plutôt attachée à l’image de la femme au foyer. J’ai aussi beaucoup apprécié la plume de l’auteur, légère et drôle, ce premier roman est vraiment  une excellente surprise!

A lire aussi l’avis des autres lectrices Charleston et l’interview de l’auteur
Vous pouvez aussi feuilleter les premières pages sur Amazon

Editions Charleston mai 2014, 288 pages –Note/4 etoiles

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