Catégorie : Romans francophones

Les mémoires de Giorgione – Claude Chevreuil


1510, le peintre vénitien Giorgione, malade de la peste, est revenu dans son village natal de Castelfranco pour y mourir. Il écrit une longue lettre à l’un de ses élèves, Sebastiano Del Piombo, dans laquelle il revient sur sa vie: fils de modestes paysans, il a quitté très tôt sa famille pour s’installer à Venise et intégrer l’atelier du grand Bellini. Lors de ses années d’apprentissage, il rencontrera les plus grands artistes, fréquentera la noblesse italienne, et découvrira aussi les plaisirs de l’amour .

Bien plus que le portrait romancé d’un peintre, Les mémoires de Giorgione est aussi le récit d’une époque foisonnante, la renaissance italienne, et d’une ville, Venise,  en pleine ébullition artistique. Au cours de son existence brève mais intense (il est mort à 33 ans), Giorgione y rencontrera entre autres grandes figures Léonard de Vinci, Dürer ou Titien, qui fut son élève avant de s’affirmer comme son plus grand rival. Claude Chevreuil livre ici un texte dense et passionné, parfois un peu obscur pour le non-initié quand il aborde certains aspects techniques de la peinture. Mais en bon pédagogue il s’efforce le plus souvent d’alléger le propos, par exemple  en accordant une large place à la vie amoureuse du peintre, et le récit est finalement assez bien équilibré, à la fois instructif et divertissant. S’il vaut mieux être un amateur averti pour saisir toutes les subtilités du récit, ceux qui comme moi ne connaissent pas grand chose à la peinture passeront donc tout de même un bon moment avec ce roman!


Le livre de poche, 416 pages, 6,50€
Les avis de Praline et de Kepherton.

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Les aimants – Jean Marc Parisis (Rentrée littéraire 2009)


« C’était en juin, le dernier mois de mes vingt ans, dans une salle de cours, au rez-de-chaussée de la Sorbonne, avant le début d’un examen de version d’anglais. Elle s’est faufilée entre les tables, a tournoyé entre les premiers rangs, avant de ralentir, de se rappeler qu’on lui avait donné un nom, de se résoudre à le déchiffrer sur l’un des bristols qui recouvraient le trou des encriers. Elle a repris sa course, pour s’arrêter devant mon pupitre. Nos noms débutaient par la même lettre, nous étions réunis par l’alphabet. » C’est ainsi que  le narrateur rencontre la divine Ava, et tombe sous son charme, alors que la jeune fille se laisse plus difficilement séduire. Pendant plus de vingt ans ils entretiendront une relation complexe, tour à tour amis, amants, aimants.


La première partie de ce livre raconte une histoire d’amour assez classique entre un « Gatsby de banlieue » et une jolie Parisienne de bonne famille. L’auteur tente de nous faire partager le sel de cette relation, s’attarde sur le personnage d’Ava, terriblement séduisante mais toujours insaisissable. Quand la liaison amoureuse entre Ava et le narrateur enfin s’achève, commence une autre histoire, presque un autre livre, bien moins conventionnel et plus intéressant. D’amante, Ava devient amie et complice, et débarrassé du thème un peu encombrant des tourments de l’amour,  le style de l’auteur semble enfin se libérer, se déployer: « A mes proches je présentais Ava comme  » ma plus ancienne, ma plus fidèle amie ». Et parce qu’il m’amusait de la voir arrondir ses prunelles à la face du ciel, je ne manquais jamais d’ajouter en me tournant vers elle: eh oui tu te rends compte? Ca fait plus de vingt ans qu’on se connaît… ». Ava ne réalisait pas. Moi non plus. Ces vingt ans qui prenait trois secondes pour les dire et filaient en points de suspension, c’était finalement le bon rythme, la bonne ponctuation. Nos premiers mots prononcés à la Sorbonne n’en finissaient pas. Ava et moi: une phrase ininterrompue qui charriait gens, livres, voyages, aventures…Tous ces moments passés ensemble palpitaient encore dans l’onde de nos voix, de nos rires, à la terrasse des cafés, dans les rues, au bout du fil au milieu de la nuit. Nous aurons tout partagé, sauf des souvenirs. Les souvenirs c’était de la fausse monnaie, des hochets pour les mourants ». Et puis Ava disparaît, et le narrateur, privé de son ancre, semble partir à la dérive. Comment accepter d’être ainsi amputé d’une partie de lui même? Les 30 dernières pages sont d’une déchirante sincérité, bien loin du début du roman, qui m’avait paru un peu figé et étriqué. C’est finalement à travers la perte, la soudaine absence, qu’enfin on saisit pleinement le lien si particulier qui unissait Ava et le narrateur. Même si « Les aimants » ne révolutionnera pas la rentrée littéraire, il mérite un détour, juste pour ces quelques pages particulièrement touchantes.

Editions Stock 2009, 100 pages, 13,50€


Ce blog a décidé de s’associer à un projet ambitieux : chroniquer l’ensemble des romans de la
rentrée littéraire !

Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l’ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l’opération. Pour en savoir plus c’est ici.


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L’orgue de Quinte (L’Arcamonde 2) – Hervé Picart

Frans Bogaert a quitté Bruges et sa boutique d’antiquités (laissée aux bons soins de son assistante Lauren), pour rendre visite à son beau-père, Victor Brunel, dans la petite ville française de Provins. C’est lors d’une brocante locale qu’un objet mystérieux attire son attention: il s’agirait selon son propriétaire de l’orgue à liqueurs de Des Esseintes, décrit par Huysmans dans son roman le plus célèbre, A rebours. Mais notre antiquaire flaire bien vite l’arnaque et part à la recherche des véritables origines de cet orgue énigmatique.

Deuxième enquête de Frans Bogaert après Le dé d’Atanas, et on a déjà l’impression de retrouver un vieil ami! Petite déception pourtant en ouvrant le livre, nous voilà bien loin de l’Arcamonde (sa petite boutique brugeoise) et de son ambiance particulière qui m’avait tant séduit dans le premier tome. Mais on ne perd finalement pas au change en passant quelques jours dans la maison du beau-père de Frans, « la maison Lamartine » (surnommée ainsi parce que le poète y aurait séjourné), tenue par une vieille dame revêche, Dame Corneille. On s’installe confortablement dans un salon à la lumière tamisée avec un verre de vin de glace, pendant que la pluie frappe les carreaux,  pour entendre l’étrange histoire d’un maitre verrier poursuivant d’incroyables chimères… L‘excellente impression que m’avait laissé le premier tome est ici confirmée: encore une fois Hervé Picart déroule une enquête minutieuse, chic et intelligente, flirtant avec le conte fantastique, sans jamais céder à la facilité et à l’air du temps. J’attends évidemment avec impatience la troisième aventure de notre antiquaire, « Le-Coeur-de-Gloire« , annoncée pour le 5 novembre.


Le Castor Astral 2009, 213 pages, 13€
« Un rendez vous incontournable » pour  Clarabel!

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Le degré supreme de la tendresse – Héléna Marienske

Le degré supreme de la tendresse regroupe 8 nouvelles libertines, qui mettent successivement en scène une jeune marquise aux mœurs légères et à la langue bien pendue, une jolie banlieusarde prête à tout pour sortir de sa condition, un écrivain mégalo et violent attiré par les très jeunes filles, un rat trahi par trois de ses fidèles lieutenants et une charmante ratte, ou une jeune mariée qui ignore tout de l’anatomie masculine…  8 nouvelles écrites « à la manière de » Houellebecq, Gedeon Tallemant des Réaux, Céline, La Fontaine, Angot, Montaigne, Ravalec ou Perec.

Ne vous fiez pas à cette jolie bouche sensuelle et délicate, et à la quatrième de couverture qui annonce un menu erotico-littéraire et des pastiches malicieux, les huit nouvelles de ce recueil donnent plutôt dans la violence et le sordide, loin de l’érotisme léger et coquin auquel je m’attendais. Le titre, « Le degré suprême de la tendresse » est emprunté à Salvador Dali qui qualifiait ainsi le cannibalisme, je vous laisse donc imaginer la teneur de certaines scènes vraiment trash qui tournent autour de l’image récurrente de la castration… Si je n’ai pas été du tout séduite par le contenu donc, je trouve en revanche l’exercice de style assez réussi: Héléna Marienské parvient à se mettre dans la peau et dans la plume d’auteurs très différents, naviguant entre les styles et les époques avec une facilité déconcertante. Elle adopte aussi bien le ton désabusé et provocateur d’un Houellebecq que la gouaille
moderne de Vincent Ravalec, pastiche les fables de La Fontaine ou les réflexions torturées de Christine Angot, donne des conseils d’éducation sexuelle à l’intention des jeunes filles à la manière de Michel de Montaigne… Un patchwork étonnant, à réserver à un public (très) averti!

Le livre de poche 2009, 216 pages, 6€ (1ère édition 2008 chez Héloise d’Ormesson)

Une rencontre ratée pour Lou, Celsmoon a été écoeurée par l’histoire mais a apprécié l’écriture.

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Le dé d’Atanas (L’Arcamonde 1) – Hervé Picart



Au cœur de Bruges, Frans Bogaert tient une petite boutique d’antiquités, « L’Arcamonde », avec l’aide discrète de Lauren, une jeune femme mystérieuse, sosie de Lauren Bacall . Une séduisante cliente, Margaret Van Ostande,  lui demande d’expertiser un petit objet ressemblant à un dé, et ayant appartenu à Atanas, son grand-père d’origine lituanienne. Sous le charme de Margaret, Frans ne va pas ménager ses efforts pour découvrir les origines et la fonction de cette étrange objet. Mais il va vite se rendre compte que Margaret ne lui a pas tout dit…


Voilà donc le premier tome d’une série-fleuve, puisque 12 volumes sont d’ors et déjà annoncés (deux dont déjà sortis, le troisième sera disponible en novembre). Dans cette première enquête, Frans Bogaert  plonge dans les méandres de la mythologie lituanienne, mais rien de poussiéreux dans tout ça, notre antiquaire  dispose d’une arrière boutique équipée des technologies les plus modernes pour l’aider dans ses investigations! L’enquête est plaisante, louchant souvent vers le fantastique, mais c’est l’atmosphère qui m’a séduite avant tout: « L’Arcamonde » possède un charme irrésistible, un rien désuet, c’est une petite bulle hors du temps, perdue dans le brouillard de Bruges, et peuplée de personnages mystérieux: Même Frans ne sait rien de son assistante énigmatique,  qui semble tout droit sorti d’un film hollywoodien. Et si Frans lui même semble d’abord un homme très simple, on découvre au détour d’une conversation qu’il a  lui aussi ses secrets… Voilà de quoi titiller la curiosité du lecteur et lui donner très envie de lire la suite de la série. Le tout est servi par une écriture très élégante, et quand j’ai tourné la dernière page, j’étais vraiment conquise, et impatiente de me plonger dans le deuxième tome!


Le Castor Astral 2008, 209 pages, 12€

Lu aussi par Clarabel
Le blog officiel de la série: http://arcamonde.hautetfort.com/

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