Catégorie : Romans francophones

[Roman] Grâce – Delphine Bertholon

Architecte parisien et veuf, Nathan élève seul ses jumeaux, Soline et Colin. En cette fin d’année 2010, ils rejoignent en province la sœur de Nathan, Lise,  chez leur mère Grâce pour les fêtes de Noël. Mais pendant ces quelques jours des phénomènes étranges vont se dérouler dans la maison familiale et des secrets douloureux vont refaire surface.

J’avais déjà lu et aimé le père de Nathan et Lise a quitté sa famille ?

L’atmosphère est étouffante, oppressante, notamment quand elle flirte avec le surnaturel. Qui donc lance des morceaux de charbon dans les vitres de la maison la nuit ? Qui a planté un couteau au plafond de la chambre de Grâce pendant son sommeil ? Et pourquoi Grâce a-t-elle toujours gardé une certaine distance avec Nathan alors qu’elle est si proche de Lise ? Les questions s’accumulent, l’angoisse monte…  Cette famille est minée par les drames et les secrets (la maison elle-même cache un lourd passé), qui vont tous rejaillir pendant cette réunion familiale. Nathan, qui a déjà du mal à se remettre de la mort de sa femme, va à nouveau plonger en plein cauchemar… « Grâce » est  un très bon roman que j’ai dévoré, et Delphine Bertholon est décidément un auteur que je vais continuer à  suivre de près.

Editions JC Lattès 2012, 356 pages /

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[Roman] Rêves oubliés – Léonor De Récondo

En 1936, un couple de basques espagnols, Ama et Aïta, doivent brutalement fuir leur pays avec leur famille, leurs trois fils, les parents d’Ama, ainsi que ses deux frères, des activistes. Ils abandonnent tout derrière eux et se réfugient un temps à Hendaye chez une amie, Mademoiselle Eglantine. Mais les deux frères d’Ama sont arrêtés et enfermés dans des camps. En 1939, la famille déménage une nouvelle fois pour suivre Aïta qui a trouvé un poste de metayer dans une ferme des Landes.

« Rêves oubliés » raconte d’abord l’attachement à une terre et la douleur de l’exil :  « Nous sommes ici depuis de si nombreux mois et je réalise seulement au soir de cette triste journée que nous avons vécu uniquement dans l’espoir du retour. Ce rêve a lentement embrumé nos esprits, et maintenant la réalité nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les frontières. Tant que le dictateur sera au pouvoir, nous ne pourrons pas revenir, nous le savons. Je ressens une blessure vive, une blessure de chair indescriptible, l’amour d’une terre, de ses odeurs, de ses rires, de sa langue que je perds irrémédiablement. J’y laisse mon insouciance, une légèreté de l’âme qui depuis trois ans s’est plombée de silences et de faux espoirs. » (extrait du journal d’Ama)

Mais c’est aussi un roman d’amour (du couple Aïta/Ama se dégage une force tranquille qui illumine tout le récit) et un hymne à la famille, qui est ici un socle inébranlable sur lequel on peut se reposer quoi qu’il arrive.   Le roman alterne les extraits du journal d’ Ama et un récit plus distancié. J’ai beaucoup aimé les passages du journal dans lequel la mère de famille livre ses sentiments et qui ajoutent une touche plus personnelle au roman. Je suis plus mitigée en ce qui concerne le reste du livre, très dense, trop dense: Le franquisme, les menaces, l’exil, la guerre, l’amour d’un des oncles pour une jeune juive, les camps, les drames personnels, cela fait beaucoup, surtout que le tout est concentré sur seulement 169 pages… On a un peu l’impression de courir après l’histoire et les personnages, ce qui est assez frustrant pour le lecteur. Une lecture qui avait du potentiel mais me laisse un petit goût d’inachevé.

Sabine Wespieser Editeur, 169 pages/

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« Le pacte des vierges » de Vanessa Schneider

Pour écrire Le pacte des vierges, Vanessa Schneider s’est inspiré d’un fait divers survenu en 2008 dans l’Amérique profonde. 17 adolescentes de Gloucester, un patelin du Massachusetts, fréquentant le même établissement scolaire, étaient tombées enceintes suite à un « pacte ».  Quatre d’entre elles, Lana, Cindy, Kylie et Sue, acceptent de se confier à une romancière française. A travers leurs témoignages croisés on découvre comment elles en sont arrivées à mettre en place ce projet fou et absurde.

Au fil des pages la romancière et son lecteur essayent d’assembler les pièces du puzzle. Toutes âgées de moins de 16 ans, ces jeunes filles ont déjà tout vu, tout vécu. La majorité d’entre elles ont grandi avec un entourage familial défaillant, des parents démissionnaires qui n’assument plus leur rôle, absents, en prison, alcooliques, ou accro aux médicaments (Cochez la case correspondante à votre situation). Ou au contraire pour Sue, des parents puritains, exigeants et étouffants. Ajoutez à ça l’oisiveté, et la précarité dans une petite ville frappée de plein fouet par le chômage. Un terreau plus que favorable pour que des jeunes filles influençables, livrées à elles-mêmes, se laissent convaincre par ce projet dément imaginé par la meneuse de la bande, Lana.

J’ai été à la fois consternée par la folle décision de ces gamines, et émue par leur fragilité et leur naïveté. Ces quatre adolescentes brandissent leur grossesse comme un étendard, elles pensent avoir trouvé là l’opportunité de changer de vie : Elles vont élever leurs enfants ensemble, se créer une nouvelle famille, de nouveaux repères. Faire mieux que leurs parents.  Il y a tellement d’espoir dans ces grossesses, l’espoir d’un lien indéfectible que rien ne pourra briser, l’espoir de ne plus jamais être seules. Au fur et à mesure que leurs grossesses avancent, elles comprendront malheureusement que les choses ne sont pas aussi simples.

Cette histoire est effrayante, fascinante, mais le roman ne parvient pas à transcender le fait divers. En sait on vraiment plus quand on tourne la dernière page ? Les caractères manquent de consistance, l’angle choisi (ne donner la parole qu’aux jeunes filles) m’a paru souvent réducteur. L’auteur cherche en plus à créer un suspens artificiel et sans beaucoup d’intérêt autour de quelques éléments secondaires (des rendez-vous dans une vieille caravane près de la voie ferrée, le rôle d’un mystérieux « John »). Au fond c’est le fait divers qui est passionnant ici, bien plus que le roman lui-même, et il aurait sans doute mérité mieux que cet habillage un peu trop léger.

Editions Stock 2011, 190 pages/

Lu dans le cadre des matchs littéraires organisés par Price Minister.

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[Roman] Une femme célèbre – Colombe Schneck

Figure de la télévision française dans les années 60 (elle présentait l’émission « Discorama » tous les dimanches) Denise Glaser a été licenciée en 1975 pour ses prises de position politiques, et après avoir espéré pendant des années pouvoir revenir sur les petits écrans, mourra finalement dans la plus grande solitude en 1983. Trente ans plus tard, Jeanne Rosen, journaliste et romancière, compare son parcours chaotique à celui de Denise Glaser, et s’interroge sur la célébrité.

Colombe Schneck se cache à peine sous le masque de Jeanne Rosen: Toutes deux romancières, Jeanne a écrit un livre sur sa grand-mère quand Colombe en a écrit un sur son grand-père (L’increvable Monsieur Schneck), ont travaillé pour la télé et la radio, ont essuyé beaucoup de critiques, notamment sur leur élocution…  On imagine donc que les données plus personnelles (Jeanne a un mari alcoolique, un enfant différent, et un grand critique littéraire comme amant) concernent aussi l’auteur et elles revêtent du coup un côté très impudique. Si vous souhaitiez en savoir plus sur Colombe Schneck donc, vous serez ravis, si vous vous intéressiez plutôt à Denise Glaser en revanche, vous serez fort déçus! Alors que la quatrième de couverture lui accorde une large place, les quelques lignes qui lui sont consacrées dans le roman sont en fait bien maigres.  Et hormis le fait qu’elles ont évolué dans le même milieu, difficile de comprendre en quoi Jeanne Rosen/Colombe Schneck s’est reconnu en Denise Glaser et de leur trouver des points communs… Reste donc  la sensation désagréable que cette pauvre Denise n’est qu’un faire-valoir, un prétexte pour que la narratrice puisse  mieux parler d’elle-même.  La construction est confuse et hachée, un vrai cache-misère qui tente maladroitement de camoufler le manque de matière.  Car si l’on déshabille un peu ce roman, qu’on le débarrasse de ses prétentions gluantes, il ne reste rien ou presque, si ce n’est l’histoire banale d’une femme qui s’interroge sur sa carrière et sa vie amoureuse, un livre désespérément creux, superficiel et égocentrique.

Editions Stock 2010, 150 pages, 15€.

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C’

c'était notre terre

Note/ 2 étoiles

Exilée en France, devenue une « pied-noir » que ses voisins méprisent, Claudia se souvient avec nostalgie de son enfance dorée en Algérie et du domaine de Montaigne dans lequel elle a grandi. A sa voix se mêlent celle de sa sœur Marie-Claire, entrée dans les ordres, et celles des autres membres de la famille disparus depuis longtemps, son frère Antoine, leurs parents Hortense et Ernest, et leur domestique, Fatima. Six voix, six points de vues différents qui permettent de dessiner une image complexe de l’Algérie entre les années 40 et les années 60.  Si Claudia et ses parents n’ont jamais douté de leur bon droit à occuper cette terre algérienne, Antoine, lui a décidé de rejoindre les rangs du FLN.

Ce qui frappe d’abord quand on ouvre ce roman c’est son style très particulier, sans aucun point, basé sur un système très travaillé d’interruptions et de répétitions. Il désarçonnera sans doute plus d’un lecteur, mais il ne m’a pas franchement gêné, je l’ai même trouvé plutôt séduisant et poétique. Me laissant porter par ce chant, j’ai beaucoup aimé le début du livre (je suis plutôt friande de ce genre de roman polyphonique).  Mais je me suis vite electronic cigarette testimonials lassée de cette histoire trop répétitive, revenant  sans cesse sur les mêmes faits, le roman tourne en rond, et le lecteur aussi! Hormis peut-être Antoine, les personnages m’ont semblé aussi très caricaturaux: les colons sont arrogants, bien campés sur leurs certitudes, affichant un mépris sans failles envers les algériens. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur cette phrase prononcée par Claudia, et qui donne très justement son titre au livre: « C’était notre terre ». Mais les algériens n’en sont pas pour autant plus sympathiques, laissant libre-cours à une violence sans limites dès que le vent tourne… Ce sont certaines scènes particulièrement sauvages qui ont eu raison de ma patience (je pense notamment à ce passage où des algériens ouvrent le ventre d’une femme enceinte avant de dévorer le fœtus). Et j’ai finalement abandonné ce livre au bout de 350 pages.

Le livre de poche 2010 (1ère édition Albin Michel 2008), 507 pages, 7,50€. Ce livre m’a été offert par l’éditeur.

Canel a abandonné elle aussi, pour Antigone il y a dans ce roman « quelque chose d’extrêmement fascinant et de beau », Praline n’a pas aimé le style mais retiendra « l’arrière plan politique et culturel », pour Emmyne c’est « une lecture passionnante ».

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