Catégorie : Lectures

[Roman] Une symphonie américaine – Alex George

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A Hanovre au tout début du XXe, Frederick Meisenheimer séduit Jette grâce à sa voix de baryton, mais la famille de la jeune femme ne voit pas leur relation d’un bon oeil. Alors quand Jette tombe enceinte les deux amoureux au physique atypique s’enfuient vers une vie nouvelle et embarquent pour l’Amérique, subtilisant avant de partir une médaille militaire d’une grande valeur appartenant à la famille de Jette. Une fois aux Etats-Unis le hasard les conduit à s’installer à Beatrice, une petite ville du Missouri où vit déjà une forte communauté allemande. C’est là que va naître Joseph…

 Tous les descendants de Frederick vont vivre dans l’ombre de ce grand-père venu d’allemagne, qui voulait s’intégrer à tout prix dans sa nouvelle patrie, devenir A good american (c’est le titre original de ce roman qui est à mon avis plus représentatif que le titre français). On y suit pendant plus d’un siècle la vie quotidienne de la famille Meisenheimer, dans laquelle on se transmet l’amour de la musique, mais aussi le bar acheté par Frederick, qui va s’adapter au fur et à mesure aux changements d’époques. Et puis il y a cette médaille militaire emportée d’Allemagne, dont le vol fait figure de faute originelle. Est ce à cause de cette mauvaise action que la famille sera particulièrement marquée par les drames de la vie?

Chaque génération a ses personnages forts, Joseph et ses sérénades silencieuses (parce que suite à un choc affectif le stress l’empêche de chanter), Rosa la tante hypocondriaque,  les jumeaux survoltés Teddy et Franklin (nommés ainsi en l’honneur des présidents américains), et puis James, le narrateur, qui mettra à jour un douloureux secret de famille, sur lequel se referme le livre. Une symphonie américaine est le portrait d’une famille mais c’est aussi celui d’une petite ville américaine, et les personnages qui gravitent autour de la famille Meisenheimer ne sont pas moins intéressants, Lomax, Morrie, Magnus font partie de ces personnages qui marquent un lecteur… Et puis c’est aussi l’histoire d’un pays, car à Beatrice  résonne l’écho de tout ce qui agite les Etats-Unis et le monde au cours du XXème siècle: les 2 guerres mondiales, la prohibition, le krach boursier de 1929, la ségrégation, la guerre de Corée, celle du Vietnam, l’assassinat de Kennedy… Même si à vouloir trop en dire l’auteur survole parfois un peu les choses, c’est une belle saga familiale avec laquelle j’ai vraiment passé un très bon moment.

Une symphonie américaine, novembre 2014, Belfond, 390 pages – Note/4 etoiles

Une symphonie américaine

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[Hommage à Charlie Hebdo] Cabu Swing, souvenirs & carnets d’un fou de jazz – Cabu

Ce mercredi les blogueurs littéraires ont voulu rendre hommage aux auteurs de Charlie Hebdo disparus la semaine dernière à leur façon, en vous parlant de leurs livres, parce que c’est encore ce que nous savons faire de mieux.

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Cabu était un grand fan de jazz, en particulier de Swing, et ce beau livre retrace en plus de 200 pages sa passion pour cette musique.  Les festivals qu’il a écumé jusqu’à la fin des années 70, les concerts, ses chroniques à la radio (pour l’émission Le jazz qui déménage sur TSFjazz), les portraits de ses jazzmen préférés, des anecdotes personnelles ou des petites histoires sur l’histoire du jazz… Le livre est très fourni en illustrations, on y retrouve les nombreux dessins de Cabu pour les journaux auxquels il a collaboré durant sa carrière, mais aussi des dizaines de croquis, des affiches, des pochettes de disques… Si le livre est essentiellement consacré au jazz, il y a aussi de petites incursions dans le domaine de la chanson française et  de la pop, Cabu ayant tenu une rubrique sur les yéyés dans Pilote au début des années 60 et côtoyé de nombreux artistes quand il fréquentait les cabarets pour Hara-Kiri ( Gainsbourg, Maxime Leforestier, Brel, Pierre Perret…)

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Si on est loin des caricatures de Charlie Hebdo, et que c’est plutôt la face tendre et passionnée de Cabu qui domine ici, l’humour grinçant n’est jamais loin, comme par exemple cette pochette imaginant une Ella Fitzgerald dans une pose alanguie et sexy… avec les jambes coupées (elle avait été amputée à la fin de sa vie).

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En parallèle Cabu raconte aussi (toujours avec beaucoup de retenue) un peu de sa vie: son enfance à Chalons-sur-Marne et son père fan de Charles Trénet, son arrivée à Paris en 1955 pour devenir dessinateur, son départ pour l’Algérie en 1958 (il y restera 27 mois), sa rencontre avec Cavanna et les débuts d’Hara Kiri. J’y ai aussi appris que Cabu avait été le tout premier dessinateur à travailler pour Le Monde en 1968.

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C’est vraiment un album très beau et très complet pour tous ceux qui aiment le jazz, mais aussi pour ceux qui n’y connaissent rien (c’est mon cas), et qui permet de découvrir une autre facette de Cabu, sans doute moins connu du grand public. Et à la toute dernière page on trouve un croquis de Mano Solo (le fils de Cabu, disparu le 10 janvier 2010) lors de son tout dernier concert à l’Olympia. C’est peu dire que ce dernier dessin délivré ainsi tout en pudeur m’a profondément bouleversée.

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Cabu Swing, souvenirs & carnets d’un fou de jazz, éditions Les échappées 2013, 224 pages.

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[Roman] Retour à Little Wing – Nickolas Butler

retour a little wingPour la 4ème année consécutive je participe aux matchs de la rentrée littéraire organisés par Price Minister. Après Le Pacte des vierges en 2011, Une place à prendre en 2012, Esprit d’hiver en 2013, j’ai choisi de recevoir cette année Retour à Little Wing.

Hank, Ronny, Lee et Kip n’ont pas grand chose en commun si ce n’est d’avoir grandi ensemble à Little Wing, une petite ville du Midwest américain. Lee est devenu un musicien et chanteur célèbre sous le pseudo de Corvin et parcourt les scènes du monde entier. Kip a fait fortune en devenant trader à Chicago. Ronny a été champion de rodéo avant que son addiction à l’alcool et un mauvais choc à la tête ne mettent fin à sa carrière. Hank, le pilier de la bande, a fait ce que tout le monde attendait de lui, il a eu 2 enfants avec Beth, son amour de jeunesse, et a repris la ferme familiale. Bien qu’ayant pris des routes radicalement différentes, ils sont restés amis, malgré le temps qui passe, l’éloignement, la célébrité, l’argent. Mais de petites en grandes trahisons, leurs liens vont se révéler plus fragiles qu’ils ne le pensaient.

Retour à Little Wing est un roman polyphonique dans lequel chaque personnage va prendre la parole à tour de rôle (Hank, Ronny, Lee, Kip, mais aussi Beth, la femme de Hank). C’est un livre doux-amer sur les aspirations de quelques trentenaires, et à travers eux peut-être d’une génération un peu perdue, toujours insatisfaite, qui semble toujours courir après quelque chose. Tout le monde envie Lee, qui a l’argent et le succès, alors que lui jalouse pourtant la vie simple de Hank et le couple solide qu’il forme avec Beth. Malgré sa réussite Kip aspire toujours à la reconnaissance de ses amis et de la communauté de Little Wing, au point de se ruiner pour acheter le vieux silo de son enfance pour en faire le coeur commercial de la ville. C’est une histoire d’amitié, de rêves, d’espoirs, de confiance, de jalousie, de fêlures… Une histoire dans laquelle il ne se passe finalement pas grand chose si ce n’est la vie, et c’est déjà pas mal. Même si le rythme est un peu monotone et que le propos manque parfois d’aspérités et de rudesse, j’ai beaucoup aimé faire un bout de chemin avec ces personnages fort attachants.

Retour à Little Wing de Nickolas Butler, 445 pages, éditions Autrement, août 2014

 

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[Roman] 22/11/63 – Stephen King

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La vie de Jake Epping, professeur d’anglais dans le Maine en 2011, bascule lorsqu’il découvre au fond du restaurant de son ami Al un passage vers l’année 1958. Gravement malade Al ne peut plus accomplir son grand projet, empêcher l’assassinat de Kennedy et modifier ainsi le cours de l’Histoire mondiale. Jake va donc le remplacer et passer 5 ans dans le passé, jusqu’au 22 novembre 1963. Mais le passé est tenace et va tout faire pour empêcher Jake de changer les évènements.

Stephen King revisite ici de façon brillante le thème du voyage dans le temps (qui est je l’avoue l’un de mes thèmes préférés, que ce soit en littérature ou au cinéma) et le décalage entre les années 60 et les années 2010 offre évidemment pas mal de pistes à exploiter, que ce soit du point de vue technologique, de l’environnement, de la place des femmes dans la société ou de la ségrégation. Mais 22/11/63 est surtout une enquête extrêmement fouillée sur l’assassinat de Kennedy: pendant de longs mois Jake va observer Lee Harvey Oswald, s’immiscer dans sa vie, pour comprendre comment le jeune homme en est arrivé à fomenter cet assassinat, et surtout (question qui taraude les américains depuis plus de 50 ans), s’il a agit seul. Jake, petit professeur d’anglais lambda va se transformer en héros anonyme et va tenter au péril de sa vie de modifier le cours de l’histoire mondiale mais aussi la destinée de certains de ses proches. Pendant plus de 1000 pages on s’attache aux pas de cet homme ordinaire placé dans une situation extraordinaire, et qui va être confronté à des choix de plus en plus cruels d’autant qu’il va progressivement trouver sa place dans le passé, travailler, tomber amoureux… Jusqu’où sera-t-il prêt à aller, quels sacrifices sera-t-il prêt à accomplir pour sauver Kennedy ? Je n’avais pas lu Stephen King depuis mon adolescence je crois, et j’ai été ravie de le redécouvrir à travers cet excellent roman.

22/11/63  de Stephen King, 1056 pages, éditions Le livre de poche, octobre 2014, 9,90€ sur Amazon

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[Roman] Miss Alabama et ses petits secrets – Fannie Flagg

miss alabama et ses petits secretsA 60 ans, Maggie, agent immobilier et ex-Miss Alabama, est persuadée que la vie ne lui réserve plus rien et qu’il est temps de s’en aller sur la pointe des pieds. Elle prépare donc consciencieusement son suicide. Mais la volonté de Maggie que tout soit parfait, cette exigence maniaque qui lui a pourrit la vie va aussi ruiner tous ses efforts pour se suicider: il y a toujours quelque chose ou quelqu’un qui l’empêche de passer à l’acte…

J’ai été touchée par le personnage de Maggie, qui n’a eu de cesse au cours de sa vie de vouloir plaire à tout le monde, au détriment de son propre bien-être, et les personnages secondaires sont eux aussi très attachants, que ce soit Brenda et ses troubles alimentaires ou Hazel, que sa petite taille n’a jamais empêchée d’accomplir ses rêves. C’est avant tout un roman psychologique, certains lecteurs seront sans doute rebutés par un rythme assez lent et le fait qu’il ne se passe finalement pas grand-chose dans la plus grande partie du livre. Si c’est votre cas je vous conseille quand même de patienter jusqu’au dernier tiers du roman où survient subitement une énigme, liée à une des demeures dont s’occupe Maggie, que j’ai trouvé palpitante et qui relance le rythme du livre. Mon seul regret sur l’ensemble du roman est que l’auteur ne fait qu’effleurer certains thèmes qui auraient mérité d’être plus développés, comme celui de la lutte pour les droits civiques dans le Sud des Etats-Unis.

J’avais déjà beaucoup aimé le précédent roman de Fannie Flagg, Beignets de tomates vertes, et je n’ai pas été déçue par Miss Alabama et ses petits secrets. C’est un très joli roman sur le temps qui passe et les occasions manquées, plein de fraîcheur et de douceur, pas exempt de bons sentiments et de clichés certes, mais que l’on lit le sourire aux lèvres et dont on ressort gonflé à bloc.

Miss Alabama et ses petits secrets, éditions Le cherche-midi mai 2014, 433 pages – Note/4 etoiles

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