Catégorie : Lectures

[Album Jeunesse] Les cinq malfoutus – Béatrice Alemagna

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C’est l’histoire de cinq malfoutus: Le premier a des trous au milieu du ventre, un autre est plié en deux, le troisième est tout mou, toujours fatigué et endormi, un autre est à l’envers, nez en bas et pieds en l’air, et enfin le dernier est vraiment raté de la tête aux pieds, une grosse boule toute bizarre.

Ils ne font rien de leur vie, parce qu’ils n’en n’ont pas envie, vivent dans une maison mal foutue elle aussi, et ils discutent souvent pour savoir lequel d’entre eux est le plus nul.

Jusqu’à ce que débarque un type extraordinaire, parfait, dégoûté par ces malfoutus qui ratent tout, n’ont aucun projet, ni aucune idée.

Chaque malfoutu va alors se rendre compte qu’il a aussi au moins une qualité: Le Troué ne se fâche jamais parce que la colère lui passe au travers, le Plié peut garder plein de souvenirs dans ses plis, Le Renversé peut voir les choses sous un autre angle, etc…

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Les cinq malfoutus est un très bel album sur la différence et la confiance en soi, nos 5 compères se répétant sans cesse qu’ils sont nuls, nuls, nuls. Il faudra un regard extérieur pour les faire réagir et pour qu’ils s’aperçoivent que leurs défauts peuvent aussi cacher de belles qualités. Il suffit peut-être d’avoir le courage d’être soi et de s’aimer… Et puis la perfection c’est tellement ennuyeux, il n’y a qu’à voir ce Monsieur Parfait, avec son nez à la place du nez, son corps bien droit et aucun trou dans l’estomac. Nous, on préfère de loin nos cinq malfoutus! Le texte est simple (accessible dès 3/4 ans) mais fort et poétique, un régal, tout comme les illustrations en papier découpé.

Les cinq malfoutus de Béatrice Alemagna, éditions Hélium, mars 2014 – Note/4 etoiles

 

Les cinq malfoutus

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[Album Jeunesse] Combien de terre faut-il à un homme? – Annelise Heurtier & Raphaël Urwiller

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Dans l’ouest de la Sibérie vit un paysan, Pacôme, avec sa femme et ses 3 enfants. Mais son petit lopin de terre ne lui suffit plus, et il est persuadé qu’il serait plus heureux s’il possédait plus de terres. Alors quand le seigneur voisin décide de vendre une partie de son domaine, Pacôme rassemble ses maigres économies pour l’acheter.

Mais bientôt Pacôme est à nouveau morose, les bêtes de ses voisins viennent sur ses terres, et il se fâche avec la moitié du village. Quand un étranger lui parle des bords de la Volga, là où le sol est particulièrement fertile, Pacôme pense qu’il sera bien plus heureux là bas. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’un chef nomade lui fasse une proposition particulièrement alléchante: il lui offrira toute la terre qu’il sera capable de parcourir en une nuit, à une seule condition, qu’il soit rentré avant le lever du soleil…

Combien de terre faut-il à un homme? est l’adaptation d’un conte de Tolstoï, Ce qu’il faut de terre à l’homme. Ecrite en 1886, le thème de cette nouvelle apparaît pourtant comme très actuelle, si ce n’est que  les smartphones ont remplacé les lopins de terre… Pacôme est un éternel insatisfait, incapable de se contenter de ce qu’il a, et il  ne vit plus que guidé par cette insatiable soif de posséder,  persuadé que le bonheur est au bout du « toujours plus ». Des bords de la Volga au pays des bachirs, Pacôme ne cessera de courir après ses chimères. Cela finira évidemment par causer sa perte, et la fin de l’album fait frémir… Les illustrations de Raphaël Urwiller « à la russe » sont superbes, de vrais petits tableaux réalisés autour de 3 couleurs, le jaune, l’orange et le bleu. Un très bel album pour s’interroger en famille sur nos valeurs et nos aspirations (à partir de 6 ans environ).

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Combien de terre faut-il à un homme? d’Annelise Heurtier & Raphaël Urwiller, éditions Thierry Magnier, août 2014 – Note/4 etoiles

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[BD] Revoir Paris (Tome 1) – François Schuiten & Benoît Peeters

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En 2051, 6000 pionniers ont été choisis pour quitter la Terre asphyxiée et fonder une nouvelle civilisation sur « L’Arche ». En 2155, Kârinh se porte volontaire pour quitter l’Arche et conduire une expédition vers la Terre. Mais rebelle, fragile, obsédée par la question de ses origines (elle n’a pas connu ses parents), Kârinh met l’expédition en danger…

Ce premier tome s’intéresse essentiellement au personnage de Kârinh et au voyage vers Paris qu’elle va accomplir quasiment seule, tous les autres passagers étant placés en hibernation.  La plus grande partie de ce tome oscille entre la solitude du personnage perdu dans l’immensité de ce vaisseau vide et ses injections de drogues qui lui permettent d’accomplir des voyages oniriques dans un Paris Fantasmé, inspirés par les quelques  livres imprimés qu’elle a pu feuilleter (comme ceux de Robida, auteur et illustrateur de la fin du XIXe siècle).

On comprend peu à peu l’histoire de Kârinh, conçue lors d’un voyage similaire de sa mère vers la Terre, et qui serait donc  la fille d’un terrien. Elevée comme une paria car susceptible de transmettre des maladies à la communauté, elle n’a jamais vraiment réussi à s’intégrer. En retournant sur terre, elle espère en apprendre plus sur ses parents et trouver enfin sa place.

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Ce personnage torturé, l’ambiance futuriste et incertaine, où l’on ne sait plus très bien ce qui tient du rêve et de la réalité, font que ce premier tome est captivant, mais il est aussi assez déconcertant, parce qu’on en ressort finalement avec peu d’informations. Ce sont les illustrations qui sont surtout mises en avant dans ce premier tome, avec une grande place accordée à l’architecture parisienne, et l’intégration d’illustrations de style XIXe, à la manière de Robida par exemple. J’ai aimé ce premier tome mais je reste quand même un peu sur ma faim. Je serais au rendez-vous du tome 2, en espérant qu’il nous donnera toutes les clés pour mieux comprendre l’histoire.

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Revoir Paris (Tome 1) – François Schuiten & Benoît Peeters – Editions Casterman – 64 pages – 3 etoiles

 

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[Roman] Une symphonie américaine – Alex George

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A Hanovre au tout début du XXe, Frederick Meisenheimer séduit Jette grâce à sa voix de baryton, mais la famille de la jeune femme ne voit pas leur relation d’un bon oeil. Alors quand Jette tombe enceinte les deux amoureux au physique atypique s’enfuient vers une vie nouvelle et embarquent pour l’Amérique, subtilisant avant de partir une médaille militaire d’une grande valeur appartenant à la famille de Jette. Une fois aux Etats-Unis le hasard les conduit à s’installer à Beatrice, une petite ville du Missouri où vit déjà une forte communauté allemande. C’est là que va naître Joseph…

 Tous les descendants de Frederick vont vivre dans l’ombre de ce grand-père venu d’allemagne, qui voulait s’intégrer à tout prix dans sa nouvelle patrie, devenir A good american (c’est le titre original de ce roman qui est à mon avis plus représentatif que le titre français). On y suit pendant plus d’un siècle la vie quotidienne de la famille Meisenheimer, dans laquelle on se transmet l’amour de la musique, mais aussi le bar acheté par Frederick, qui va s’adapter au fur et à mesure aux changements d’époques. Et puis il y a cette médaille militaire emportée d’Allemagne, dont le vol fait figure de faute originelle. Est ce à cause de cette mauvaise action que la famille sera particulièrement marquée par les drames de la vie?

Chaque génération a ses personnages forts, Joseph et ses sérénades silencieuses (parce que suite à un choc affectif le stress l’empêche de chanter), Rosa la tante hypocondriaque,  les jumeaux survoltés Teddy et Franklin (nommés ainsi en l’honneur des présidents américains), et puis James, le narrateur, qui mettra à jour un douloureux secret de famille, sur lequel se referme le livre. Une symphonie américaine est le portrait d’une famille mais c’est aussi celui d’une petite ville américaine, et les personnages qui gravitent autour de la famille Meisenheimer ne sont pas moins intéressants, Lomax, Morrie, Magnus font partie de ces personnages qui marquent un lecteur… Et puis c’est aussi l’histoire d’un pays, car à Beatrice  résonne l’écho de tout ce qui agite les Etats-Unis et le monde au cours du XXème siècle: les 2 guerres mondiales, la prohibition, le krach boursier de 1929, la ségrégation, la guerre de Corée, celle du Vietnam, l’assassinat de Kennedy… Même si à vouloir trop en dire l’auteur survole parfois un peu les choses, c’est une belle saga familiale avec laquelle j’ai vraiment passé un très bon moment.

Une symphonie américaine, novembre 2014, Belfond, 390 pages – Note/4 etoiles

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[Hommage à Charlie Hebdo] Cabu Swing, souvenirs & carnets d’un fou de jazz – Cabu

Ce mercredi les blogueurs littéraires ont voulu rendre hommage aux auteurs de Charlie Hebdo disparus la semaine dernière à leur façon, en vous parlant de leurs livres, parce que c’est encore ce que nous savons faire de mieux.

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Cabu était un grand fan de jazz, en particulier de Swing, et ce beau livre retrace en plus de 200 pages sa passion pour cette musique.  Les festivals qu’il a écumé jusqu’à la fin des années 70, les concerts, ses chroniques à la radio (pour l’émission Le jazz qui déménage sur TSFjazz), les portraits de ses jazzmen préférés, des anecdotes personnelles ou des petites histoires sur l’histoire du jazz… Le livre est très fourni en illustrations, on y retrouve les nombreux dessins de Cabu pour les journaux auxquels il a collaboré durant sa carrière, mais aussi des dizaines de croquis, des affiches, des pochettes de disques… Si le livre est essentiellement consacré au jazz, il y a aussi de petites incursions dans le domaine de la chanson française et  de la pop, Cabu ayant tenu une rubrique sur les yéyés dans Pilote au début des années 60 et côtoyé de nombreux artistes quand il fréquentait les cabarets pour Hara-Kiri ( Gainsbourg, Maxime Leforestier, Brel, Pierre Perret…)

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Si on est loin des caricatures de Charlie Hebdo, et que c’est plutôt la face tendre et passionnée de Cabu qui domine ici, l’humour grinçant n’est jamais loin, comme par exemple cette pochette imaginant une Ella Fitzgerald dans une pose alanguie et sexy… avec les jambes coupées (elle avait été amputée à la fin de sa vie).

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En parallèle Cabu raconte aussi (toujours avec beaucoup de retenue) un peu de sa vie: son enfance à Chalons-sur-Marne et son père fan de Charles Trénet, son arrivée à Paris en 1955 pour devenir dessinateur, son départ pour l’Algérie en 1958 (il y restera 27 mois), sa rencontre avec Cavanna et les débuts d’Hara Kiri. J’y ai aussi appris que Cabu avait été le tout premier dessinateur à travailler pour Le Monde en 1968.

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C’est vraiment un album très beau et très complet pour tous ceux qui aiment le jazz, mais aussi pour ceux qui n’y connaissent rien (c’est mon cas), et qui permet de découvrir une autre facette de Cabu, sans doute moins connu du grand public. Et à la toute dernière page on trouve un croquis de Mano Solo (le fils de Cabu, disparu le 10 janvier 2010) lors de son tout dernier concert à l’Olympia. C’est peu dire que ce dernier dessin délivré ainsi tout en pudeur m’a profondément bouleversée.

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Cabu Swing, souvenirs & carnets d’un fou de jazz, éditions Les échappées 2013, 224 pages.

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