Catégorie : Lectures – Classement par Genre

[Roman] En cas de forte chaleur – Maggie O’Farrell

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Eté 1976, alors que Londres est écrasée par une chaleur caniculaire, Robert, retraité discret d’origine irlandaise, part comme tous les matins acheter son journal, et disparaît. Malgré leurs problèmes personnels et leurs différends, ses 3 enfants viennent soutenir leur mère Gretta. Il y a la sage Monica, la préférée, qui a séduit son ennuyeux mari sur un malentendu et doit désormais subir un week-end sur deux la haine de ses belle-filles. Michael Francis, l’aîné, est aux prises avec de sérieux problèmes de couple qui prennent leur source il y a bien longtemps, quand il a du abandonner sa thèse pour subvenir aux besoins de sa famille. Le plus difficile sera de joindre Aoife, la petite dernière, le vilain petit canard, qui s’est exilée aux Etats-Unis et a quasiment coupé les ponts avec sa famille depuis une violente altercation avec sa sœur.

La disparition du père (qui sert de prétexte et de fil directeur mais n’occupe finalement pas une place centrale au sein du roman) va obliger les trois enfants et leur mère à se retrouver une nouvelle fois réunis dans la maison familiale et à s’interroger sur leurs liens. Leur offrir une dernière chance de recoller les morceaux. Eux qui étaient si proches pendant leur enfance, comment ont-ils pu s’éloigner à ce point?

En se retrouvant bien malgré eux à leur point de départ, dans cette maison où ils ont grandi,  ils vont aussi être confrontés à leurs échecs respectifs. A l’instar du père disparu, chaque personnage porte en lui un secret inavouable. Des secrets plus ou moins graves, de ceux qui vous empoisonnent l’existence, de ceux qui vous construisent et vous révèlent aussi. Empêtré dans les non-dits, les mensonges et les frustrations, chacun a préféré finalement se recroqueviller dans sa coquille plutôt que de dévoiler son vrai visage.

Au fil du roman les portes vont s’entrebâiller, la famille se reconstruire, et au bout du chemin chaque personnage sera aussi le dépositaire du secret de quelqu’un d’autre, allégeant un peu son fardeau et recréant le début d’un lien fraternel à la fois si solide et si fragile. J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman psychologique – que j’ai dévoré en quelques jours – qui traite tout en douceur et en finesse de la difficulté des relations familiales.

En cas de forte chaleur de Maggie O’Farrell, traduction de Michèle Valencia, 348 pages, éditions Belfond 2014 – Note/4 etoiles– Retrouvez cet avis, et bien d’autres, sur Babelio.

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Je suis une lectrice Charleston #1: Le goût des souvenirs, L’italienne et La femme des dunes

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Comme je vous le disais il y a quelques semaines, je fais partie des lectrices Charleston 2014 et à ce titre j’aurais la chance (notamment) de recevoir tous les romans publiés cette année en avant-première. Voici donc mon avis sur les trois premiers romans que j’ai pu lire. Vous pouvez d’ores et déjà trouver les deux premiers titres en librairie, le 3ème – La femme des dunes – sort dans quelques jours, le 10 février.

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le gout des souvenirsLe goût des souvenirs – Erica Bauermeister – 3 etoiles

Autour du restaurant de Lilian et des ateliers cuisine qu’elle organise régulièrement gravitent plusieurs personnages: Al, son comptable, confronté à de sérieux problèmes de couple avec Louise; Finnigan, employé au restaurant, qui se balade avec de mystérieux cahiers bleus et qui n’est pas insensible au charme de Chloé, laquelle a emménagé avec Isabelle, qui perd peu à peu la mémoire…

Ce roman est la suite de L’école des saveurs (paru en 2009 aux éditions Presses de la cité) mais peut se lire indépendamment. C’est un roman choral dans lequel chaque personnage prend la parole à tour de rôle, ce qui permet d’apporter du rythme à l’histoire, mais il est un peu frustrant de ne pas passer un peu plus de temps avec chaque personnage. C’est sans doute le principal défaut de ce roman qui par son choix de construction manque parfois de profondeur.

C’est un livre sur les souvenirs, sur la filiation et sur la perte, sur la famille au sens large, celle que l’on a et celle que l’on se choisit. La nourriture joue aussi un rôle intéressant, même si ce n’est pas le sujet central du livre, mais les odeurs, les saveurs donnent une dimension physique et chaleureuse au récit. La gastronomie est surtout ici un lien entre les personnages et les générations, et j’ai aimé ce fil conducteur, ces descriptions de plats qui réconfortent, rassurent, unissent. Globalement j’ai trouvé que c’était un joli roman, doux et sensible, même s’il reste parfois un peu trop en surface.

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LItalienneL’italienne – Adriana Trigiani – 3 etoiles

Ciro et Enza sont tous les deux originaires des alpes italiennes. Ciro a été abandonné dans un couvent avec son frère Edouardo, Enza est l’aînée d’une famille nombreuse et pauvre. Alors qu’ils viennent de se rencontrer, Ciro doit quitter précipitamment l’Italie, direction les Etats-Unis, sans pouvoir prévenir Enza. Peu de temps après Enza va elle aussi traverser l’Atlantique afin d’améliorer le quotidien de sa famille. Le destin les réunira t-il à nouveau?

 Le fond historique est intéressant, l’immigration aux Etats-unis au début du XXème siècle, l’engagement de Ciro dans la première guerre mondiale, celui de son fils Antonio dans la 2ème guerre, et j’ai  particulièrement apprécié les passages dans lesquels Enza, jeune couturière,  côtoie le grand Caruso dans les coulisses de l’opéra… J’ai aussi été sensible à la force des relations familiales, même quand elles sont éprouvées par la distance (que ce soit Ciro avec son frère Edouardo ou Enza avec sa mère, qui sont tous deux restés en Italie) et à l’importance des racines: Ciro et Enza n’oublieront jamais d’où ils viennent. J’ai eu cependant un peu de mal à apprécier le style et le rythme ralenti par les nombreux dialogues et descriptions.

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la femme des dunesLa femme des dunes – Chris Bohjalian (sortie le 10 février) – Note/4 etoiles

En 1915, la jeune Elizabeth Endicott accompagne son père à Alep dans le cadre d’une mission humanitaire. Elle va découvrir l’horreur du génocide arménien, mais aussi rencontrer Armen, un arménien qui a perdu sa femme et sa fille.

En 2012, après avoir découvert la photo d’une victime du génocide qui pourrait être de sa famille Laura Petrosian entame des recherches sur l’histoire de ses grands-parents et va mettre à jour un terrible secret de famille.

Cette lecture m’a d’abord appris beaucoup de choses sur les circonstances et le déroulement du génocide arménien. L’intégration d’une histoire d’amour dans un tel contexte était plutôt délicat, mais j’ai trouvé que l’auteur s’en sortait très bien et traitait cette alliance avec beaucoup de tact et de pudeur. L’histoire d’Elizabeth et d’Armen est comme une fleur poussant sur un tas de cendres, une note d’espoir dans une symphonie de l’horreur.

Au-delà des évènements eux-mêmes ce roman soulève aussi la question de l’oubli des générations suivantes. L’alternance entre le passé (l’histoire d’Elizabeth et d’Armen) et le présent (avec Laura) permet aussi de mettre en avant l’importance du travail de mémoire. La femme des dunes est un roman très émouvant qui  rend hommage à toutes les victimes de ce génocide trop longtemps oubliées par l’Histoire.

 

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[Album] Les très petits cochons – Angélique Villeneuve et Martine Camillieri

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Trois petits cochons, respectivement prénommés Jambon, Rillette, et Lardon (!) décident qu’il est temps de prendre leur indépendance et de construire leurs propres maisons.  Comme ça, personne ne leur demandera plus de ranger leur chambre ou de se débarbouiller le groin chaque matin. Mais attention au loup qui rôde et qui ferait bien de beaux saucissons avec nos petits cochons! Jambon décide de se construire une maison en pailles (non, ce n’est pas une faute de frappe 😉 ), Rillette une cabane en pain grillé, alors que Lardon va construire une maison en sucres.

Vous aurez bien sûr reconnu Les trois petits cochons, revisité de manière improbable mais délicieuse, aussi bien du point de vue de l’histoire qu’au niveau des illustrations. Les deux auteurs ont recréé ici tout un univers à base de jouets (legos, dînette, petits jouets en plastique…) et d’aliments: Il y a les maisons des petits cochons (en pailles, en pain grillé et en sucre) mais aussi des berceaux avec des pots de yaourts, et les maisons du village sont faites à partir de bidons de lessive ou de bouteilles de lait.

Un détournement original, un brin déroutant, mais j’ai beaucoup aimé cette ambiance récup’.

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Les très petits cochons d’Angélique Villeneuve et Martine Camillieri, Seuil Jeunesse 2013 – Note/4 etoiles

 

 

Challenge je lis aussi des albums 2014 Challenge petit bac 2014

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[Roman] Esprit d’hiver – Laura Kasischke

esprit d'hiver

Comme chaque année Holly s’apprête à recevoir sa belle-famille et quelques amis pour le repas de Noël. Mais cette fois rien ne se déroule comme d’habitude. Holly et son mari Eric  ont un peu abusé du lait de poule la veille au soir et ne se sont pas réveillés à temps ce matin, Eric est en retard pour aller chercher ses parents à l’aéroport, la neige menace la bonne organisation de la journée, et leur fille Tatiana, adoptée 13 ans plus tôt dans un orphelinat russe, semble quant à elle d’humeur belliqueuse. Et surtout depuis son réveil Holly a une petite phrase dans la tête qui la poursuit comme une obsession,  Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux

Un nouveau roman de Laura Kasischke est toujours pour moi un évènement car elle est devenue au fil des années mon auteur fétiche. J’ai désormais lu presque toute son œuvre (à part Un oiseau blanc dans le blizzard) je vous ai d’ailleurs déjà parlé sur ce blog de Les revenants ou de La vie devant ses yeux (adapté au cinéma avec Uma Thurman dans le rôle principal).

Esprit d’hiver est un huis-clos glaçant qui tourne autour de la confrontation entre une mère et sa fille adolescente. Le récit alterne le moment présent – cette matinée de Noël où rien ne se passe comme prévu – et les souvenirs d’Holly, principalement ce voyage en Sibérie bien des années plus tôt pour aller chercher sa fille adoptive. Laura Kasischke arrive à créer une impalpable sensation de malaise tout au long du roman, sans qu’on arrive à savoir précisément d’où elle vient. La menace plane, chaque détail du quotidien devient une insupportable source d’angoisse: Un rôti qui cuit, un verre qui se casse, un téléphone qui sonne, la neige qui tombe suffisent à mettre les nerfs du lecteur à rude épreuve.

Holly, Eric et Tatiana forment la famille typique de la middle-class américaine telle qu’on l’imagine,  attachée aux convenances et aux traditions, aux apparences qu’il faut sauvegarder à tout prix, vivant dans le souci de toujours faire ce que l’on attend d’eux. Mais dès que l’on gratte un peu, le vernis craque: Les invités que finalement Holly n’aime pas vraiment, une lourde histoire familiale marquée par la maladie, une vocation frustrée d’écrivain…

Certains lecteurs  ont trouvé ce roman plat ou ennuyeux. Pour apprécier toute la dimension de ce roman, je crois qu’il faut d’abord accepter de s’ennuyer un peu, parce qu’effectivement il ne s’y passe rien ou presque. La récompense c’est la chute, vertigineuse, poignante, qui remet en perspective tout le roman.  Thriller psychologique, drame familial, récit fantastique, Esprit d’hiver est un roman étouffant, oppressant, suffoquant, avec cette idée sous-jacente, qui revient dans tous les romans de Kasischke, que chacun est responsable de son destin et de ses (mauvais) choix. Le style de Laura Kasischke exerce toujours sur moi la même fascination (Comment arrive-t-elle à en dire tant sur l’âme humaine avec une telle économie de moyens?) et ce  roman brillant confirme pour moi qu’elle est l’un des plus grands écrivains actuels.

Esprit d’hiver, éditions Bourgois août 2013, 276 pages – 5 étoiles
Lu dans le cadre des Matchs Littéraires de Priceminister. Ma note: 17/20

Challenge 50 états, 50 billets (Michigan)

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[Pop-up] La maison hantée – Jan Pienkowski

la maison hantée

 J’adore les livres-jeux, à rabats, les tirettes, les pop-up… Je m’en donne à cœur joie avec les livres de ma fille, mais celui-là il n’est que pour moi (parce qu’il fait un-peu-peur quand même).

La maison hantée de Jan Pienkowski est un grand classique, publié pour la 1ère fois en 1979 et réédité récemment par les éditions Nathan. Il n’y a pas vraiment d’histoire (une personne que l’on ne voit pas guide un médecin dans sa maison particulièrement lugubre) ou en tous cas elle n’est qu’un prétexte pour visiter une à une les pièces de cette maison hantée.

Dès l’entrée le ton est donné avec un tableau qui semble vous suivre du regard, les placards de la cuisine cachent des mets peu ragoutants et la salle de bains est occupée par de drôles de bestioles. Dans la chambre je vous déconseille d’ouvrir l’armoire ou d’entrouvrir le rideau du baldaquin… Bouh! Et que veut donc ce maudit chat noir qui les suit partout? La visite du docteur s’achèvera (littéralement) dans le grenier. Un pop-up baroque et terrifiant, qui fourmille de détails et de surprises (n’oubliez pas de jeter un oeil par la fenêtre), j’ai adoré!

la maison hantée entrée la maison hantée salle de bains

La maison hantée de Jan Pienkowski, éditions Nathan, 12 pages (à partir de 4 ans environ) – 5 étoiles
Challenge Je lis aussi des albums 2013

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