Catégorie : Romans étrangers

[Roman] La fille du cannibale – Rosa Montero

la fille du cannibaleLucia Romero mène une vie plutôt morne. Enlisée dans un mariage sans passion, cette quadragénaire espagnole est l’auteur d’une série de livres pour enfants plutôt médiocre, Belinda la petite cocotte. Mais un événement inattendu va bouleverser l’existence de Lucia: alors qu’ils s’apprêtent à partir en vacances, son mari, Ramon, disparaît mystérieusement dans l’aéroport. Aidée malgré elle par deux voisins, un vieil anarchiste et un jeune homme séduisant, Lucia va se lancer sur les traces de son mari et découvrir qu’elle le connaît bien mal.

“La fille du cannibale” se déroule entre présent et passé, d’un côté la recherche de Ramon, de l’autre les souvenirs d’un vieil homme sur fond d’anarchisme et de guerre d’Espagne. Ce rythme binaire apporte beaucoup d’énergie au récit. La réussite de ce livre tient par ailleurs dans un joli équilibre romanesque entre humour et gravité, entre situations loufoques et réflexion(s) sur la vie. Les personnages, trois personnalités très différentes qui vont doucement s’apprivoiser, sont décalés et attendrissants. La disparition de son mari va notamment permettre à Lucia, que la quarantaine rend mélancolique, de se remettre en question et  de se redécouvrir. Entre rires et larmes, Rosa Montero réussit ainsi un très beau portrait de femme qui m’a beaucoup touché.

Editions Métailié 2006, 407 pages, 20€ – 5 étoiles

Le monde connu – Edward P. Jones

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Henry Towsend meurt dans l’état de Virginie en 1850, quelques années avant la guerre de Sécession. Cet ancien esclave laisse à sa femme Caldonia la responsabilité
d’une plantation et d’une trentaine d’esclaves, dont Moïse, son fidèle surveillant. Caldonia est épaulée notamment par Robbins, l’ancien maître blanc d’Henri, ainsi que par les deux enfants qu’il
a eu avec sa maîtresse noire, Louis et Dora. Le Shérif a quant à lui monté une milice destinée à surveiller les allées et venues des esclaves de la région.

Difficile de résumer ce roman foisonnant! A travers une multitude de portraits, Edward P. Jones construit une grande fresque sur
l’esclavagisme. L’auteur traite le sujet sans manichéisme, décrit avec beaucoup de nuances les rapports complexes et ambigüs qu’entretiennent noirs et blancs, maîtres et esclaves, ainsi que
la difficulté des affranchis à trouver leur place. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, à trouver mes repères: Il y a beaucoup de personnages, d’histoires qui se
recoupent, d’allers-retours dans le temps, une avalanche de détails et de digressions.  Malgré la qualité du propos et de l’écriture, la richesse, la densité même de ce
roman sont assez déroutantes,  et l’histoire s’éparpille trop pour que l’on puisse vraiment s’attacher aux personnages. “Le monde connu” est une oeuvre ambitieuse, mais un peu trop
copieuse à mon goût.

Prix Pulitzer 2004
Albin Michel 2005, 512 pages, 22.50€

De l’art de conduire sa machine – Steven Carroll

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Vic, Rita et leur fils Michael vivent dans un faubourg de Melbourne, à la fin des années 50. Ce samedi soir, ils sont invités chez leur voisin Georges Bedser, qui fête
les fiançailles de sa fille Patsy. Au cours de la promenade nocturne qui les mène à cette soirée, on découvre les difficultés de ce couple: Vic, conducteur de locomotives, est dévoré par la
maladie et l’alcool. Rita, bien trop élégante pour ce quartier étriqué, et désespérée par la lente déchéance de son mari, songe à tout quitter; Michael n’a quant à lui qu’un rêve, lancer la balle
de cricket parfaite, son ticket pour s’évader de cette triste banlieue.
Je me suis beaucoup ennuyée pendant la première moitié de ce roman, la trame très mince, le temps étiré à l’extrême (il faut près de 100 pages à Vic et Rita pour se
rendre à la fameuse soirée!) et la mise en scène théâtrale rendent la lecture assez soporifique. J’ai pourtant fini par me laisser happer par cette atmosphère triste et nostalgique, par ce
sentiment d’une époque qui s’achève. On s’attache à ces personnages ordinaires, à leurs vies banales, à leurs doutes et leurs failles.  “De l’art de conduire sa machine” est une longue pause
dans l’existence de ces personnages, que chacun d’entre eux met à profit pour s’interroger sur sa vie de couple et sur l’amour. Tous sont à un tournant de leur vie, confrontés à un choix
difficile, continuer à subir leur destin ou prendre enfin leur vie en main. S’attachant aux nuances du quotidien, Steven Carroll évoque ainsi la vie et ses tragédies en toute simplicité. Et même
s’il faut du temps pour apprivoiser l’univers de ce roman, on est finalement conquis par le charme qu’il distille par petites touches.

Phebus 2005, 232 pages, 19€

Les charmes discrets de la vie conjugale – Douglas Kennedy

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Elevée dans
les années 60 par des parents brillants, Hannah n’aspire qu’à une vie calme et paisible. Jeune mère de famille, elle suit son mari médecin dans une petite ville de l’Amérique profonde. Fragilisée
par l’ennui et la solitude, elle fera un soir un mauvais choix qui mettra en péril son existence trop bien réglée. Ce n’est pourtant que 30 ans plus tard qu’Hannah subira vraiment les
conséquences de ce faux-pas.

“Les
charmes discrets de la vie conjugale” est le portrait d’une femme qui mettra plusieurs décennies à se trouver, qui devra affronter bien des épreuves avant de s’accomplir. Kennedy décrit bien
la vie étriquée d’Hannah, la manière dont elle se laisse prendre au piège du quotidien et de la frustration. Fidèle lectrice de D.K, je suis cependant un peu déçue par ce nouvel opus. L’auteur a
décidément du mal à se renouveler! Un sentiment de déjà-lu auquel s’ajoutent beaucoup de longueurs, des rebondissements prévisibles, une description simpliste et manichéenne de l’Amérique de
Bush. Malgré tous ces défauts, les talents de faiseur d’histoires de Kennedy font que “Les charmes discrets…” reste pourtant un divertissement correct, une saga efficace qui se laisse lire sans
déplaisir.

Editions
Belfond 2005, 525 pages, 21€

Sélection
Roman Grand Prix des Lectrices de Elle 2006

Ambiguïtés – Elliot Perlman


Simon, un instituteur au chômage, est obsédé par son ex-petite amie, désormais mariée et mère de famille. Un jour, il enlève le fils de celle-ci à la sortie de l’école. Sept personnages touchés de près ou de loin par cet événement se passent le relais pour relater les circonstances et les conséquences de l’acte fou de Simon: Angélique, prostituée au grand cœur, Simon lui-même, qui découvre l’univers de la prison, Joseph, le trader qui raconte le naufrage de son mariage ou encore le psychiatre Alex  qui explique son attachement pour le kidnappeur. Leurs différents points de vues composent une mosaïque de réalités, la vérité de chacun s’habillant de sa subjectivité, de ses peurs ou de quiproquos.

Je suis bien moins enthousiaste que le magazine Lire qui a classé ce roman australien dans les 20 meilleurs livres de l’année. Certes, le style est agréable, la structure complexe est parfaitement maîtrisée, la psychologie des personnages très travaillée.  L’auteur construit avec habileté 7 romans en un seul, chaque personnage nous entraînant dans son univers. Mais en dépit de qualités formelles indéniables, ce roman-fleuve m’est souvent tombé des mains! Ma patience a été vaincue par une intrigue plutôt mince, des digressions interminables et un rythme excessivement lent. Comme le souligne la quatrième de couverture, il y a une ressemblance certaine avec “Les corrections” de Franzen, que j’avais abandonné en cours de route…

Editions Robert Laffont 2005, 645 pages, 23 € (sortie poche en février 2006)
Sélection Roman Grand Prix des lectrices de Elle 2006