Catégorie : 3 étoiles – A lire

[Roman jeunesse] La famille trop d’filles – Susie Morgenstern: « Anna » et « Bella »

Dans la famille Arthur il y a sept enfants, six filles (Anna, Bella, Cara, Dana, Elisa, Flavia) et un garçon, Gabriel, le petit dernier. Leur mère est reporter à la télévision et voyage autour du monde, leur père a inventé un logiciel et doit souvent s’absenter lui aussi. Les enfants sont donc en général livrés à eux-mêmes, sous la surveillance plutôt cool de Billy, le jeune homme au pair irlandais.

La famille trop d’filles est une petite série éditée dans la collection « Premiers romans » de Nathan et destinée aux plus jeunes lectrices (chaque livre se lit très rapidement, en une dizaine de minutes).  J’ai grandi avec Les 4 filles du docteur March, alors c’est toujours un ravissement pour moi de lire des histoires avec une floppée de sœurs!

Chaque tome, qui peut se lire indépendamment des autres, est consacré à l’une des filles en particulier. Le premier livre s’intéresse à Anna, qui vient de rentrer en 6ème. C’est la sage grande sœur à qui incombe la responsabilité de la famille, mais qui rêve d’avoir la vie de n’importe quelle fille de son âge, aller à une pyjama party chez son amie Sophie ou tomber amoureuse du Electronic Cigarettes séduisant Martin, un garçon de sa classe ; le deuxième tome est dédiée à la timide Bella, en CM2, qui aime lire et écrire des poèmes, mais est terrifiée à l’idée de parler en public.  Et qui est secrètement amoureuse de Billy, le baby-sitter. J’ai préféré Anna (peut-être parce que je suis moi aussi l’aînée?) mais j’ai aussi été touchée par Bella et son amour des mots.

J’avoue qu’avec mon regard d’adulte et de maman, quelques éléments m’ont fait un peu tiqué – les parents qui privilégient leur travail et ne sont jamais là, le baby-sitter qui préfère faire la grasse matinée et déléguer ses tâches à la grande sœur de 11 ans, hum. Mais impossible de ne pas s’attacher à ces gentilles gamines et à cette famille avec laquelle on ne s’ennuie jamais. La famille trop d’filles est une série très mignonne qui ravira les petites lectrices,  c’est tout à fait le genre de livre que j’aimerais glisser dans les mains de ma fille dans quelques années.

Anna (Tome 1) et Bella (Tome 2), éditions Nathan, une quarantaine de pages/
Ceci est ma participation au Challenge Un mot, des titres organisé par Aperto Libro autour du mot « fille ».

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[Roman] Charlotte Isabel Hansen – Tore Renberg

« Dans quelques instants, elle arriverait. Sa fille.
Et pour être franc, cela ne le réjouissait pas. Il avait essayé de s’en réjouir ; son entourage disait qu’on l’était, réjoui, quand on avait un enfant. Mais il ne ressentait aucune joie. Il ne réjouissait  tout simplement pas le moins du monde. Il n’éprouvait aucun bonheur à l’idée de recevoir son propre enfant. La tenir par la main. La guider, ainsi que font les parents. L’aider à aller aux toilettes ? Bon dieu. Parler avec elle de – de ce dont parlent les petites filles de sept ans. Bon dieu. Il allait, tout simplement, souhaiter que cela ne se soit pas produit. Il ne voulait pas avoir un enfant. Il ne voulait pas avoir de fille du tout. »

Jeune norvégien de 24 ans, Jarle mène une vie insouciante entre sa thèse sur l’onomastique Proustienne, ses soirées entre copains, et sa relation avec Herdis, l’une des plus jolies filles du campus. Mais à la suite d’un test ADN, il apprend qu’il est le père d’une petit fille, Charlotte Isabel,  conçue 7 ans auparavant un soir de beuverie avec une inconnue. Dans la foulée, la mère lui expédie l’enfant pour une semaine en tête à tête.  Le 6 septembre 1997, le monde entier enterre la princesse Diana, et Jarle va chercher sa fille à l’aéroport.

J’avoue qu’après avoir lu péniblement les 50 premières pages, j’ai failli abandonner ma lecture. Le personnage principal est totalement imbuvable, c’est un étudiant égocentrique et arrogant, suant de certitudes et de préjugés, enfermé dans son  petit microcosme universitaire hors du temps et des réalités. Mais sa rencontre improbable avec Charlotte Isabel – surnommée Lotte –  petite fille vive et très attachante, m’a beaucoup touchée. Le roman est même parfois assez drôle, on imagine à quel point une petite fille de 7 ans, fan des Spice Girls, peut mettre le bazar dans la vie d’un jeune étudiant qui voue sa vie à Proust. Jarle endosse d’abord son rôle de père avec maladresse, tâtonne, et fait pas mal d’erreurs avant de réussir à faire une place à Lotte dans sa vie. Ce n’est pas toujours très crédible (Quelle mère expédierait ainsi sa fille de 7 ans à des centaines de kilomètres chez un quasi-inconnu ?), parfois trop bavard et un peu répétitif (j’ai sauté quelques pages) mais c’est globalement un joli roman sur la paternité, plein d’humour et de tendresse.

Le livre de poche 2012, 405 pages /
Livre offert par l’éditeur.

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[Roman] Les Radley – Matt Haig (Rediff’)

A l’occasion de la sortie en poche aujourd’hui du roman Les Radley de Matt Haig  (éditions Le livre de Poche), je vous propose une rediffusion de mon billet écrit en octobre 2010:

Peter Radley, médecin apprécié, et sa femme Helen mènent une existence rangée à Bishopthorpe, une petite ville anglaise paisible. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, et ce que même leurs enfants ignorent, c’est que les Radley sont des vampires. Il y a bien longtemps ils ont quitté Londres et une vie de plaisirs pour devenir abstinents et offrir un cadre plus calme à leurs deux enfants, Rowan et Clara. Mais on ne renie pas si facilement sa véritable nature, et bientôt les Radley vont devoir à nouveau faire face à leurs vieux démons : Quand Clara tue un humain, Peter affolé appelle à l’aide son frère Will, un vampire qui  a choisi de laisser libre cours à ses instincts sauvages et sanguinaires…

Sans être follement originale, voilà une histoire qui change un peu des bluettes que l’on peut trouver dans les librairies au rayon vampires ces derniers temps. « Les Radley » est un livre qui ne se prend pas au sérieux, qui joue beaucoup sur la parodie en piochant dans de multiples genres, roman fantastique, roman policier, chronique familiale et sociale, le sujet des vampires étant aussi un prétexte pour évoquer de façon décalée des thèmes très humains : les relations familiales, les problèmes de couple (le mensonge, l’adultère, les difficultés à communiquer) ou les tourments de l’adolescence (plutôt chétif à cause du manque de sang, le fils aîné, Rowan, est devenu le souffre-douleur de ses petits camarades). C’est juste assez sanguinolent pour satisfaire les amateurs du genre, il y a quelques pointes d’humour et l’auteur s’est visiblement beaucoup amusé à soigner les détails : On découvre ainsi au fil des pages que des artistes très célèbres étaient ou sont des vampires : Bram Stocker (auteur de « Dracula ») ou Sheridan Le Fanu (auteur de « Carmilla ») évidemment, mais aussi le peintre Veronèse, Lord Byron, converti à 18 ans dans un bordel florentin, Prince ou Jimi Hendrix qui après avoir simulé sa mort tient désormais un club de vampires rock dans l’Oregon ! Il y a bien quelques longueurs, et l’intrigue aurait mérité d’être un peu plus fouillée, mais globalement « Les Radley » est un roman sympathique et un bon divertissement.

Editions Le livre de poche 2012, 504 pages/

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[Roman jeunesse] Carnet intime dun vampire timide Tim Collins

Nigel pourrait être un ado de 15 ans comme les autres, un lycéen un peu mou, jamais content et pas très populaire, il est amoureux de la jolie Chloé, qui ne s’intéresse pas à lui. Sauf que sous son apparence affreusement  banale, Nigel est en fait un vampire qui va bientôt fêter ses 100 ans.

Avant d’ouvrir ce livre, oubliez tout ce que vous pensez savoir sur les vampires : la beauté fatale, le charme ombrageux, les pouvoirs surnaturels… Nigel n’a vraiment rien à voir avec Edward Cullen, c’est un vampire catégorie looser, coincé depuis 100 ans dans le corps d’un adolescent boutonneux, condamné à aller au lycée, à vivre chez ses parents et à supporter sa petite sœur pour l’éternité. Incapable de se procurer du sang lui-même, il doit compter sur ses proches pour survivre et est toujours à la traîne lors des balades familiales, puisqu’il n’a pas hérité de la phénoménale vitesse de ses congénères. Et en plus il n’a jamais eu de petite amie… Alors forcément on le plaint Nigel et on s’attache vite à lui. A mi-chemin entre la chronique adolescente et le roman de bit-lit, ce roman n’est pas un énième ersatz de Twilight & co, il m’a plutôt rappelé Le journal secret d’Adrian Mole, 13 ans ¾ de Sue Townsend . C’est léger et décalé et j’ai bien aimé le fait qu’il se présente sous la forme d’un journal intime, un genre que j’apprécie beaucoup. Je m’attendais peut-être à quelque chose de plus drôle mais globalement j’ai trouvé que c’était une parodie plutôt rafraichissante.

Editions Hugo & cie 2011, 234 pages/

  • Livre offert par l’éditeur.
  • Vous trouverez d’autres avis de blogueurs sur la page facebook du livre.
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[Roman] Rêves oubliés – Léonor De Récondo

En 1936, un couple de basques espagnols, Ama et Aïta, doivent brutalement fuir leur pays avec leur famille, leurs trois fils, les parents d’Ama, ainsi que ses deux frères, des activistes. Ils abandonnent tout derrière eux et se réfugient un temps à Hendaye chez une amie, Mademoiselle Eglantine. Mais les deux frères d’Ama sont arrêtés et enfermés dans des camps. En 1939, la famille déménage une nouvelle fois pour suivre Aïta qui a trouvé un poste de metayer dans une ferme des Landes.

« Rêves oubliés » raconte d’abord l’attachement à une terre et la douleur de l’exil :  « Nous sommes ici depuis de si nombreux mois et je réalise seulement au soir de cette triste journée que nous avons vécu uniquement dans l’espoir du retour. Ce rêve a lentement embrumé nos esprits, et maintenant la réalité nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les frontières. Tant que le dictateur sera au pouvoir, nous ne pourrons pas revenir, nous le savons. Je ressens une blessure vive, une blessure de chair indescriptible, l’amour d’une terre, de ses odeurs, de ses rires, de sa langue que je perds irrémédiablement. J’y laisse mon insouciance, une légèreté de l’âme qui depuis trois ans s’est plombée de silences et de faux espoirs. » (extrait du journal d’Ama)

Mais c’est aussi un roman d’amour (du couple Aïta/Ama se dégage une force tranquille qui illumine tout le récit) et un hymne à la famille, qui est ici un socle inébranlable sur lequel on peut se reposer quoi qu’il arrive.   Le roman alterne les extraits du journal d’ Ama et un récit plus distancié. J’ai beaucoup aimé les passages du journal dans lequel la mère de famille livre ses sentiments et qui ajoutent une touche plus personnelle au roman. Je suis plus mitigée en ce qui concerne le reste du livre, très dense, trop dense: Le franquisme, les menaces, l’exil, la guerre, l’amour d’un des oncles pour une jeune juive, les camps, les drames personnels, cela fait beaucoup, surtout que le tout est concentré sur seulement 169 pages… On a un peu l’impression de courir après l’histoire et les personnages, ce qui est assez frustrant pour le lecteur. Une lecture qui avait du potentiel mais me laisse un petit goût d’inachevé.

Sabine Wespieser Editeur, 169 pages/

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