Catégorie : 3 étoiles – A lire

A contretemps – Jean-Philippe Blondel


A 18 ans, Hugo quitte la maison familiale et une mère un peu envahissante pour suivre des études de lettres à Paris. Il  loue une chambre dans l’appartement de Jean Debat, un homme discret et taciturne qu’il ne fait que croiser entre deux portes. Hugo se trouve un job dans un bar, se crée un petit cercle d’amis parmi lesquels une libraire, Michelle, à qui il emprunte un jour un livre d’un certain Pascal Cami, intitulé « A contretemps ». Mais quand son logeur découvre ce roman dans son appartement, il est bouleversé, et il confie à Hugo qu’il en est l’auteur.

L’un sort de l’adolescence, c’est un lecteur insatiable qui se laisse un peu porter par les évènements, plein  d’incertitudes sur lui-même et sur le chemin qu’il veut prendre. L’autre a déjà vécu, et souffert, a cru trouver sa voie, a perdu dans la bataille ses rêves et ses illusions. Un livre va rapprocher ces deux êtres solitaires qui pensaient n’avoir rien en commun. Je ne peux pas dire que la relation entre Hugo et Jean ou leurs histoires respectives m’aient vraiment touchée mais comme d’habitude j’ai été sensible à la plume délicate et mélancolique de Blondel. On retrouve ici aussi l’habileté de l’auteur à établir une connivence avec le lecteur: c’est un roman qui  nous parle un peu de nous, notamment parce qu’il y est beaucoup question de livres, un moyen infaillible pour séduire une lectrice!  Je ne sais pas si je conseillerais ce roman à ceux qui voudraient découvrir Jean-Philippe Blondel (allez voir plutôt du côté d’Accès direct à la plage ou 1979), mais ceux qui aiment déjà cet auteur retrouveront ici avec beaucoup de plaisir un univers familier et attachant.


Robert Laffont 2009, 240 pages, 19€
Lu aussi par Clarabel, Amanda, Laurence

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L’église des pas perdus – Rosamund Haden


En 1990, des ossements humains sont découverts par une petite fille près de l’église indigène d’Hebron, en Afrique du Sud. Cette découverte ravive les souvenirs de deux vieilles femmes: Catherine, fille de propriétaires blancs, et Maria, fille de la domestique noire, étaient inséparables durant leur enfance. Mais suite à un drame familial, Catherine a du quitter brusquement la ferme et Maria. Devenue adulte, elle revient sur la terre de son enfance et retrouve son amie. Mais la ferme
appartient désormais à un couple, Tom et Isobel Fynchman, et Catherine tombe sous le charme de Tom.

Au delà du mystère qui règne sur l’ensemble du récit (à qui appartiennent les ossements? Qui est vraiment Tom?), « L’église des pas perdus » est avant tout un roman sur l’enfance et l’attachement à une terre. Un roman sur la liberté aussi, Catherine bravant les interdits de l’époque et du pays, ignorant les commérages pour vivre tant son amour pour Tom que son amitié avec Maria, sur fond d’apartheid. Une amitié qui résistera à tout, au temps et à l’éloignement, aux hommes et aux drames. J’ai parfois été gênée par le style un peu rugueux de ce roman, et sa construction très « hachée »: phrases et paragraphes très courts, allers-retours dans le temps, allusions énigmatiques. Mais j’ai en revanche beaucoup aimé les histoires croisées de Catherine et de Maria, et les décors majestueux de l’Afrique du sud! Partout résonne l’écho de l’enfance des deux femmes, et on se laisser hypnotiser par leurs souvenirs: Les expéditions nocturnes dans l’église indigène, les baignades dans l’étang, les courses dans le veld au milieu des koppies… A lire, surtout pour cette atmosphère envoûtante.


Le livre de poche 2008, 283 pages, 6,60€ (Traduction de Judith Roze)

Voir aussi les billets d’Amanda, Joëlle, Lorraine, Praline, Malice, Annie, Uncoindeblog, Fashion, Clarabel, Lou


Et retrouvez  les avis de toutes les bloggeuses dans le dossier du Livre de Poche!

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De Niro’s game – Rawi Hage

Depuis la mort de son père, Bassam vit seul avec sa mère à Beyrouth. Quand les bombes ne tombent pas sur la
ville, il travaille au port, et passe son temps libre avec George, son ami d’enfance, entre petites magouilles et virées à moto. Mais alors que Bassam ne pense qu’à quitter le pays et rêve de
s’installer à Rome, George, lui, fréquente de plus en plus les miliciens qui tiennent la ville.


Au cœur de ce roman donc, l’amitié entre deux jeunes libanais qui dans ce contexte chaotique prend une dimension toute particulière. Leur lien résista t’il encore longtemps aux bombes et à la
guerre, à l’argent et à la violence, aux filles et aux mauvais choix ?
A travers
ces deux personnages Rawi Hage raconte l’histoire d’un désastre humain et l’absurdité de la (sur)vie quotidienne dans une ville dévastée par la guerre, et livre ici un récit nerveux et
suffocant dans un décor apocalyptique.  J’ai pourtant eu du mal à me plonger sans réserves dans cette lecture : Est-ce la carapace que s’est forgée Bassam et la relative froideur avec
laquelle il affronte les évènements ? Ou ses étranges envolées lyriques qui ponctuent et alourdissent le récit ? Malgré l’intérêt du sujet et les nombreuses qualités de ce premier
roman, je n’ai jamais vraiment réussi à m’attacher aux personnages et à leurs destinées.


Denoël 2008, 265 pages, 20€ (Traduction de Sophie Voillot)

Lu par Kathel, Cathulu, Fashion, Saxaoul, Tamara, Thom, Clarabel, Anne,
Sylire & Liliba.



(Merci à)
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Vacance au pays perdu – Philippe Segur

Fatigué de mettre en valeur du thon au mercure ou de la mayonnaise à la dioxine, un graphiste végétarien spécialisé dans le packaging de produits alimentaires décide de rompre avec le ‘système’ et de s’offrir une semaine de vacances hors des sentiers battus. Oui mais où?  Le Proche-orient ? Trop hostile. (…) Les Etats-Unis ? Trop accueillants. Et un sens de l’humour discutable. (…) L’Australie ? Trop loin. La Turquie ? Trop près. Il opte finalement pour l’Albanie, l’un des pays les plus pauvres d’Europe, et embarque avec lui son meilleur ami, son ‘cricri’,  pour un voyage qui sera (forcément) épique. L’aventure, d’accord, mais à l’étranger, est ce bien raisonnable ?

Problèmes de communication et d’orientation, peur de l’inconnu, quiproquos divers et variés, Philippe Ségur use (et abuse ?) des situations rocambolesques auxquelles un touriste peut être confronté dans un pays étranger, a fortiori dans une contrée peu fréquentée comme l’Albanie. Froussards et nombrilistes, pétris d’angoisses et de préjugés sur la population locale, nos deux anti-héros vont transformer leur voyage en une fuite sans fin. Persuadés de rompre avec le système ultra-consommateur dans lequel ils évoluent d’habitude, ils ne font pourtant qu’en rechercher les codes et les repères rassurants, et incapables d’abandonner leurs réflexes de nantis, ils ne verront finalement pas grand chose du pays qu’ils traversent.  Le ton sarcastique et les ficelles un peu répétitives agaceront sans doute plus d’un lecteur, mais j’ai pour ma part beaucoup apprécié l’humour grinçant et excessif de ce Vacance au pays perdu !


Buchet-Chastel 2008, 241 pages, 18€
Clarabel & Julie ont aimé, Amanda Meyre & Anne-Sophie ont été déçues.

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[Roman] Ces petites choses – Deborah Moggah

Ravi Kapoor, un médecin londonien d’origine indienne, doit cohabiter depuis quelques temps avec son beau-père, le sale et dégoûtant Norman. Sa femme Pauline peine à trouver un établissement prêt à accueillir le vieil homme, déjà renvoyé de plusieurs maisons de retraite. Alors que Ravi confie sa détresse à un cousin éloigné, un homme d’affaires prénommé Sonny, ce dernier lui soumet un projet fou: Créer une chaîne de maisons de retraite bon marché en Inde afin d’accueillir des anglais qui ont de plus en plus de mal à être pris en charge par un système de santé britannique défaillant. Et le premier pensionnaire serait bien sûr le beau-père de Ravi…

Après une première partie assez drôle centrée sur les tensions entre Ravi et Norman, direction Bangalore pour vivre le quotidien de Dunroamin,  cette maison de retraite du bout du monde. Grâce à la publicité alléchante et un brin mensongère concoctée par Sonny, quelques retraités anglais se sont laissés convaincre de tenter l’aventure, et Evelyn, Dorothy ou Muriel s’installent donc dans cette pension au charme suranné, façon vieille Angleterre. Loin d’être un mouroir, ce lieu insolite va vite prendre des airs de colonie de vacances, grâce à la personnalité et à la vitalité de ses pensionnaires, grands-pères aux mains baladeuses ou vieilles dames indignes.  Mais si le ton reste toujours léger et optimiste,  l’auteur évoque aussi avec beaucoup de tendresse et de simplicité les difficultés quotidiennes de la vieillesse, la solitude, les regrets et les occasions ratées… Sur un sujet plutôt délicat « Ces petites choses » sait éviter les pièges du misérabilisme et du cynisme, et avec ses figures fragiles et attachantes, cette petite comédie sans prétentions est une jolie surprise !

Le livre de poche, 407 pages, 6,95€ – 3 etoiles
[Lu dans le cadre d’une opération organisée par Le livre de poche à destination des blogueurs]

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