Catégorie : Lectures 2013

[Roman] Nos étoiles contraires – John Green

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« Des entrailles prédestinées de ces deux familles ennemies
A pris naissance, sous des étoiles contraires, un couple d’amoureux
Dont la ruine néfaste et lamentable
Doit ensevelir dans leur tombe l’animosité de leurs parents »
(extrait de Roméo et Juliette)

Hazel a 16 ans et est atteinte d’un cancer incurable. Elle vit quasiment recluse chez elle, et ne trouve du réconfort que dans un roman, Une impériale affliction d’un certain Peter Van Houten, resté inachevé. Dans un groupe de soutien elle croise Augustus,  en rémission d’un cancer qui lui a pris sa jambe et qui a désormais « peur de l’oubli ». Les deux adolescents deviennent aussitôt très complices, et  Augustus va tout faire pour offrir à Hazel son souhait le plus cher, connaître la fin d‘Une impériale affliction.

C’est un livre incroyablement dur, je n’essaierais pas de vous faire croire le contraire, même si cela risque de faire fuir la plupart d’entre vous.  L’auteur n’élude pas la face sombre de la maladie, l’amputation d’Augustus, les difficultés quotidiennes d’Hazel pour respirer ou pour monter un escalier, les machines qui l’accompagnent, la mort qui se reflète dans le regard de ses proches. Mais ce n’est pas pour autant un livre larmoyant, l’auteur adopte souvent aussi un ton drôle et décalé,  Hazel, Augustus et leur pote Isaac se moquant facilement d’eux mêmes et de la maladie. Si j’ai évidemment adoré Hazel et Augustus, les personnages secondaires sont aussi remarquables: L’extravagant et insupportable Peter Van Houten, l’attachant Isaac et son chagrin d’amour, les parents de Hazel, totalement dévoués à leur fille, et en même temps souvent maladroits.  J’ai été particulièrement bouleversée par les mots de la mère d’Hazel quand elle pense à la mort de sa fille unique « Je ne serais plus jamais une maman » … Nos étoiles contraires est avant tout un roman d’amour, d’une intensité rare, un livre sur les rêves qu’il ne faut jamais abandonner, parce que la vie avant la mort est encore la vie, jusqu’au dernier souffle. Certains infinis sont plus vastes que d’autres. Et certains romans plus essentiels que d’autres.

Nos étoiles contraires de John Green, éditions Nathan 2013, 330 pages – 5 étoiles

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[Thriller] Le manuel du serial killer – Frédéric Mars

manuel du serial killer

 Thomas Harris est un freak avec un seul oeil, solitaire et orphelin depuis la mort accidentelle de ses parents 10 ans plus tôt. Il n’a plus aucun souvenir de son enfance avant ce drame. Désormais brillant étudiant à Harvard, il intègre la prestigieuse rédaction du Crimson et suit de près l’enquête sur les meurtres par empoisonnement de quatre jeunes garçons. Mais ayant du mal à supporter l’aspect macabre de cette affaire, Thomas quitte rapidement son job et devient lecteur pour une maison d’édition. Un jour il découvre que l’un des manuscrits qu’il a recalé a été finalement publié…  sous son propre nom, Thomas Harris. « Le manuel du serial killer » connaît un succès foudroyant mais attire aussi l’attention de la justice car il présente d’étranges similitudes avec la vague d’empoisonnements qui agite Boston.

Le roman alterne le point de vue de Thomas, le compte-rendu de ses séances chez un psychiatre (qui doit l’aider à retrouver la mémoire et à calmer ses crises d’angoisse) et des extraits du Manuel du serial killer.  Thomas se trouve subitement entouré de personnages trop empressés et bienveillants pour être honnêtes: Il y a Sophie, une étudiante qui va l’aider à mener son enquête, le journaliste Richard Reily, le professeur French, le capitaine Joe Kennedy… Tout au long du roman on se demande qui sont les méchants et les gentils, et qui manipule qui.  Thomas ne peut faire confiance à personne et il va devoir enquêter sur son propre passé pour comprendre qui lui en veut à ce point. J’ai dévoré ce roman mais j’ai trouvé l’explication finale un peu tirée par les cheveux, j’étais un brin déçue… mais c’était avant que l’auteur n’abatte un dernier joker dans les ultimes pages. Le lecteur n’est pas le dernier à se faire berner et moi pauvre petit agneau, je n’avais rien vu venir! Un thriller glaçant et mené tambour battant qui vous mettra la tête à l’envers.

Le manuel du serial-killer de Frédéric Mars, 462 pages, éditions Hachette 2013 (Collection Black Moon Thriller – parution le 6 mars) – Note/4 etoiles
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Challenge 50 états, 50 billets (Etat: Massachussetts)

 

 

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[Album] Paul – Alice Brière-Haquet & Csil

Paul n’est pas timide: il a la pigmentation fragile. Il vit la vie à fleur de peau et ça n’est pas toujours facile.Un petit non le rend tout blanc, une colère le rend tout vert, un bruit douteux le rend tout bleu…

La vie le colore de l’intérieur: le dehors est dedans, le dedans est dehors. Il lui faudrait une armure en or, de cet or qui transforme les enfants en hommes.

Paul va donc partir à la recherche de cette armure qui le rendra plus fort, mais il va découvrir que le monde est à son image, qu’il peut revêtir aussi bien le rose des belles choses, le noir du désespoir, le jaune du sable chaud, ou le violet des soirs d’été, et que la sensibilité n’est pas un défaut que l’on doit combattre. Paul est un album doux et tendre, qui passe en revue avec beaucoup de subtilité la gamme de nos émotions. Chaque page est un tableau délicat et aérien, j’ai eu un gros coup de cœur pour les couleurs pastels et le raffinement des illustrations, pour la simplicité et la poésie du texte.

Paul d’Alice Brière-Haquet & Csil, 32 pages, éditions Frimousse 2012.

Challenge Petit Bac 2013 (Catégorie Prénom)
Challenge Je lis aussi des albums 2013

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[Film] Camille redouble – Noémie Lvosky

La quarantaine pas vraiment florissante, actrice ratée, alcoolique, Camille se fait larguer par son mari, son amour de jeunesse rencontré au lycée (et père de sa fille). Au cours d’un 31 décembre bien arrosé, elle s’évanouit et se retrouve en 1985, juste avant ses 16 ans. Elle n’a alors plus que deux obsessions, fuir son futur ex-mari, et sauver sa mère qui va bientôt mourir d’une rupture d’anévrisme.

Le film tient beaucoup à la prestation de Noémie Lvosky qui joue sans aucun artifice une ado de 16 ans – alors qu’elle en a 30 de plus – et à un casting impeccable, Yolande Moreau, d’une justesse étincelante, qui joue la mère de Camille, la lumineuse Judith Chemla, mais aussi Denis Podalydès, Vincent Lacoste…  J’ai juste une réserve sur Samir Guesmi (le mari de Camille) dont j’avais déjà eu du mal à apprécier le jeu un peu lourd dans la série Les revenants.

Voir cette mère de famille des Viagra années 2000 retrouver les années 80, le lycée, les heures de colle, son walkman et son enregistreur de cassettes, les fringues fluos, les affiches de Flashdance ou de Scorpions, sa bande de copines et ses premiers flirts est hilarant. Je suis un peu plus jeune que l’héroïne (j’avais 10 ans en 1985) mais j’ai quand même pu facilement me mettre dans ses baskets.

Mais si Camille redouble commence comme une blague potache, il s’oriente rapidement vers des questions essentielles. Peut-on maitriser son destin? Aurais-je pu faire des choix différents? Et si l’on vous offrait une seconde chance, qu’en feriez vous? C’est un film dans lequel l’émotion vous prend en traitre, où l’on a envie de rire dans les moments graves et de pleurer dans les passages gais. Un film bouleversant, qui raconte le temps qui passe, les êtres qui nous manquent, les souvenirs, la nostalgie, les occasions manquées, les regrets, et l’amour, toujours.

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[Roman YA] La sélection – Kiera Cass

Dans un futur lointain, le royaume d’Illeá est né sur les ruines des Etats-Unis. La société est désormais régie par un système de castes, 8 au total, la 1ère étant celle de la famille royale, la 8ème celle des marginaux. America appartient à une caste inférieure, la 5ème, celle des artistes. Sa mère espère qu’elle épousera un homme d’une caste supérieure mais elle ignore qu’America est amoureuse d’Aspen qui appartient à la 6ème caste. Les deux jeunes gens cachent soigneusement leur liaison, les relations amoureuses étant proscrites hors mariage.

Le prince Maxon étant en âge de se marier, « la sélection » est organisée : 35 jeunes filles sont tirées au sort dans tout le pays et vont tenter de séduire le prince devant l’œil des caméras. A la fin, il n’en restera qu’une… (copyright Denis Brogniart) Poussée par ses parents et par Aspen qui ne veut pas qu’elle passe à côté de l’opportunité d’une vie meilleure, America s’inscrit à la Sélection et contre toute attente est retenue pour y participer.

Les amateurs de dystopie seront déçus, hormis le système de castes et les quelques attaques de renégats trop vite expédiées, il n’y a pokies pas grand-chose à se mettre sous la dent.  Les amateurs de romance seront en revanche comblés avec un  trio amoureux qui fonctionne plutôt bien. Si America n’a aucun doute en arrivant au palais – Aspen est son seul et unique amour – elle va rapidement succomber au charme élégant du Prince Maxon,  qui gagne en épaisseur et en charisme au fil des pages.

La sélection est une sorte de Bachelor royaliste, avec tout ce que les ressorts de la télé-réalité peuvent avoir à la fois d’abject et de jubilatoire. On se prend de sympathie pour certaines candidates, on a envie d’en claquer d’autres, on frétille lors des rencontres entre America et Maxon. J’ai regretté quand même que ce roman soit parfois très premier degré et manque singulièrement d’imagination : Par exemple l’héroïne vit sur ce qui fût autrefois les Etats-Unis et elle est chanteuse, elle s’appelle donc (tadam)… America Singer (Hum). Mon avis est plutôt mitigé, mais j’ai quand même trouvé cette lecture assez agréable pour avoir envie de lire le tome 2 qui sortira au mois d’avril.

La sélection de Kiera Cass, Robert Laffont (Collection R) 2012 – 343 pages –
*Lu en numérique*

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