Catégorie : Romans francophones

Le 18 – Ludovic Roubaudi

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Grand, le narrateur, effectue son service militaire dans une caserne de pompiers. Avec ses comparses, il est confronté tour à tour à des situations insolites (des
vaches égarées sur le périphérique) ou à des histoires plus graves (une mère désespérée qui jette son enfant du haut d’un escalier). Le quotidien de la caserne est rythmée par les frasques de
personnages haut en couleurs: La Gentiane et son penchant pour la Suze, Malavoie, le chauffeur fort en gueule… Mais cet univers masculin et l’ambiance bon enfant sont profondément perturbés par
l’arrivée d’une femme à la tête de la caserne.
Ce roman léger et plutôt drôle nous plonge dans un univers particulier avec ses codes et son langage souvent fleuri. Le fil principal (la manière dont une femme
devra s’imposer dans un univers macho), use de ficelles un peu caricaturales et attendues, et n’est donc pas le point fort du récit. Mais la vie quotidienne de la caserne, le sens de
l’amitié entre les personnages, les récits ubuesques de leurs sorties permettent de passer un moment agréable. Sous les fanfaronnades des personnages affleurent même parfois des thèmes plus
profonds, et ce roman aborde aussi les situations souvent difficiles que doivent affronter ces héros du quotidien.
2004, Folio, 4.50€
Le blog de Ludovic Roubaudi: http://roubaudi.blogspot.com
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L’eau du bain – Pascal Morin

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Un citadin revient passer ses vacances dans le village de son enfance. Son père a enfin cédé, et une piscine remplace désormais le potager du grand-père. Dans un monde
rural fait de sueur et de labeur, ce symbole de l’oisiveté et du plaisir ne semble pas vraiment à sa place. Les vacances s’annoncent cependant parfaites, s’il n’y avait cette petite fille
qui rôde sans cesse autour du narrateur, et lui chuchote comme un inquiétant présage « il va y avoir du malheur »…

Voilà un curieux récit au déroulement inattendu, une lecture qui m’a arraché quelques hoquets de surprise! L’atmosphère de ce roman est troublante, entre la
torpeur d’un Sud écrasé de chaleur, et la fraîcheur hypnotique, obsessionnelle de l’eau. Dans ce huis clos familial et malsain, la fameuse piscine va cristalliser les rancœurs et les secrets de
trois générations d’hommes, et conduira trois frères à signer un pacte tacite et glaçant. Pascal Morin pousse le cynisme et la cruauté très loin, jusqu’au malaise, et en refermant ce roman, je
n’étais pas vraiment sûre de l’avoir aimé!  « L’eau du bain » est en tous cas un roman original et déconcertant, dense et habile, qui bouscule le lecteur.

2004, Babel, 121 pages, 6.50€
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Falaises – Olivier Adam


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Un homme d’une trentaine d’années passe la nuit sur le balcon de son hôtel à contempler les falaises d’Etretat. Vingt ans plus tôt s’est
déroulée ici la première des tragédies qui ont jalonnées sa vie: sa mère s’est suicidée en se jetant du haut de ces falaises. Durant cette longue nuit, les souvenirs douloureux refont surface:
Après le drame,  leur père s’est réfugié dans le mutisme et la terreur domestique, tandis qu’Olivier et son frère ont tenté tant bien que mal de se construire…

Le style maîtrisé et envoûtant, sobre et sensible, évite à ce roman de tomber dans le catalogue morbide. L’univers d’Olivier Adam est
vraiment très noir, un monde de silence et de non-dits, de peurs et de violence, de blessures et de fantômes, d’absences et de solitude. Chaque personnage y semble emprisonné dans une bulle de
désespoir…. J’ai été assez touchée par le narrateur: A la fois hagard et lucide, poursuivi par le fantôme de sa mère, il tente de s’accrocher tour à tour à un frère, un amour, une voisine,
qui tous finissent par lui échapper, emportés par leurs propres douleurs. L’ambiguïté entretenue par l’auteur sur la dimension autobiographique rend ce personnage plus troublant encore.
« Falaises » me laisse cependant un sentiment un peu mitigé, ce roman lourd de mélancolie est à la fois bouleversant et etouffant.

Editions de l’Olivier 2005, 206 pages, 18€
Sélection Roman du Grand Prix des Lectrices de Elle 2006

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La petite trotteuse – Michèle Lesbre






Anne, une femme d’âge mûr, s’apprête à visiter une maison à vendre sur la côte Atlantique. La trentième en quelques mois… A chaque visite, elle parvient à voler quelques heures de solitude entre ces différents murs. Qu’y cherche t’elle exactement? Installée dans le petit hôtel du village, elle évoque quelques rencontres éphémères, la douceur d’instants volés, le temps qui suspend sa course. Et lentement le passé se mêle au présent: un père mystérieux, les querelles constantes entre ses parents, une enfance marquée par la guerre…

L’écriture est juste et délicate, créant une belle atmosphère empreinte de mélancolie… Chaque mot est pesé, chaque phrase ciselée, un vrai travail d’orfèvre! Si le style force l’admiration, je reste plus dubitative sur l’histoire elle-même: hormis quelques passages intéressants sur l’enfance de la narratrice, j’ai eu du mal à m’attacher à l’héroïne, à comprendre sa quête. Plus on avance dans le roman, plus les sentiments s’éparpillent et plus le personnage nous échappe. Malgré de jolies qualités de narration, ce roman n’est donc pas vraiment parvenu à me toucher.

Editions Sabine Wespieser 2005, 190 pages, 18 euros
Sélection Roman du Grand prix des lectrices de Elle 2006

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La petite fille de Monsieur Linh – Philippe Claudel


Après la mort de son fils et de sa belle-fille, Monsieur Linh quitte son pays ravagé par la guerre. Il emmène avec lui sa petite-fille Sang Diü (« matin doux »), sa seule raison de vivre désormais. Hébergé dans un dortoir impersonnel, il découvre un nouveau pays où tout lui est inconnu, froid, sans odeur ni saveur. Un jour pourtant, il rencontre Monsieur Brac, un homme bavard et chaleureux qui vient de perdre sa femme. Au-delà de la barrière de la langue, les deux hommes vont unir leurs solitudes.

Ce roman commence de manière déconcertante, comme un gentil conte un brin désuet et simpliste. L’écriture est sobre à l’extrême, et l’on suit les petits pas de Monsieur Linh avec compassion et tendresse, mais sans passion, en se demandant où nous mène ce charmant vieux monsieur. Et puis brusquement, une révélation inattendue apporte une profondeur vertigineuse au personnage. Les thèmes de la solitude, de l’amour ou du deuil  prennent une nouvelle dimension et l’on saisit alors toute la force de ce portrait fragile et délicat.

Stock 2005, 159 pages, 15.50€

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