Catégorie : Romans étrangers

[Roman] La fille de l’irlandais – Susan Fletcher

A 29 ans, Eve, enceinte de son premier enfant, se remémore son enfance: Alors qu’elle n’a que 8 ans, la mère d’Evangeline meurt brutalement, et la petite fille doit quitter Birmingham  pour s’installer dans la ferme galloise de ses grands-parents. Elle espère qu’en revenant à l’endroit même où sa mère a passé son adolescence, elle en apprendra plus sur son père qu’elle n’a jamais connu. Mais avec son insolence et ses cheveux roux, Eve a du mal à trouver sa place dans ce village, et se rapproche d’un marginal, Billy, défiguré par le coup de sabot d’un cheval et que tous les villageois prennent pour un fou. La disparition d’une autre fillette, Rose,  va jeter le trouble dans le village.

Il est difficile de résumer ce roman qui explore plusieurs pistes:  la difficile intégration d’une petite fille dans une région étrangère, la recherche de ses origines, la disparition d’une autre petite fille, un incendie mystérieux dont Eve garde une cicatrice, et le personnage de Billy, sorte d’idiot du village. Un roman qui s’éparpille un peu, même si on retrouve souvent le thème de la différence.  Le meurtre de la petite Rose (qui ne sera jamais résolu) n’est pas la partie la plus intéressante du livre, mais sert de révélateur, de la peur, de la couardise, de la méchanceté des hommes. J’ai parfois été gênée par le manque de linéarité de l’histoire et le fait de repousser sans cesse certaines révélations (Il est ainsi question tout au long du roman d’un incendie dont on ne connaîtra les détails que dans les toutes dernières pages). Avec tout ça on pourrait croire que je n’ai pas aimé ce roman mais ce n’est pas du tout le cas : La fille de l’irlandais m’a certes  semblé moins abouti que Avis de tempête, mais ce roman vient quand même confirmer que Susan Fletcher pourrait bien devenir l’un de mes auteurs préférés, j’aime ses paysages sauvages, ses héroïnes libres, son écriture ciselée.  Il me reste encore à lire Un bûcher sous la neige.

J’ai lu 2008, 318 pages, titre original Eve Green /
Une lecture commune avec Liliba, Mirontaine, Sandrine, Titou le matou.

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[Roman] Le temps n’efface rien – Stephen Orr

La vie est douce et paisible dans la petite ville australienne de Croydon, où vit Henry, même si les disputes entre ses parents et les coups d’éclat de sa mère dépressive deviennent de plus en plus fréquents. Objet de moqueries  à cause de son pied bot, Henry est un garçon solitaire qui se réfugie souvent dans la lecture, et sa voisine, Janice, ainsi que son frère Gavin et sa soeur Anna, sont ses seuls amis. Le jour de la fête nationale, Henry refuse de les accompagner à la plage. Janice, Gavin et Anna ne reviendront jamais de leur expédition.

Ce roman est inspiré d’un fait-divers qui a bouleversé l’Australie des années 60, la disparition des enfants Beaumont,  et qui n’a jamais été élucidé. Et c’est peut être pour éviter le piège du voyeurisme que Stephen Orr a choisi de peindre d’abord en détails la petite ville australienne où a eu lieu le drame.

La première moitié du roman est donc amplement consacrée à décrire une société métissée où se mêlent natifs du pays et immigrés européens, les petites histoires de chacun, les anecdotes de voisinage, l’entraide et les conflits du quotidien, les jeux des enfants. Une vie presque banale que viendra bouleverser à tout jamais la disparition des enfants Riley. Cette mise en place souffre de quelques longueurs (sans doute parce que le lecteur connaît déjà l’issue du livre) et est alourdie par certaines histoires secondaires. Mais elle permet de mieux découvrir le personnage attendrissant de Henry, handicapé par son pied bot et devant subir au quotidien les humeurs changeantes d’une mère lunatique. Le portrait qu’il dresse de son père, policier et héros ordinaire, est très touchant.

L’évènement majeur, la disparition des enfants Riley, n’intervient finalement qu’au milieu du roman. Commence alors l’enquête, les fausses pistes et les questions sans réponses, l’attente et le chagrin. Au bout du chemin, le monde ne sera plus jamais le même et bien au delà du fait divers, ce roman raconte la fin d’une époque, celle où l’on laissait les enfants vagabonder à leur guise et où les portes des maisons restaient toujours ouvertes.  Le feu rouge qui viendra remplacer le dévoué Gino et sa guérite à côté de la voie de chemin de fer à la fin du livre est lui aussi tout un symbole de cette époque qui s’achève… Le temps n’efface rien est un récit bouleversant et empreint d’une enivrante nostalgie, un roman que l’on referme à regret, le cœur serré et les larmes aux yeux.

Editions Presses de la cité, 586 pages/

Lu dans le cadre de l’opération Rentrée Littéraire du site Entrée Livre.
3ème chronique pour le challenge 1% Rentrée Littéraire

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[Roman] Précoce automne – Louis Bromfield

Dans les années 20 en Nouvelle-Angleterre, Olivia mène une vie morne dans le domaine des Pentland, avec son mari Anson qui ne s’intéresse plus à elle depuis longtemps, ses enfants, Sybil et Jack, gravement malade, et son beau-père, dont la femme devenue folle est enfermée depuis des années dans l’aile nord de la maison. Sabine, orpheline élevée par la redoutable tante Cassie, est revenue après 20 ans d’absence s’installer dans le domaine voisin qui appartient désormais à O’Hara, un irlandais que la famille Pentland n’apprécie guère. La maladie de Jack, le retour de Sabine, l’intérêt que lui porte O’Hara vont faire  prendre conscience à Olivia de la vacuité de son existence.

Avant de lire ce roman je ne savais rien de Louis Bromfield, écrivain américain né en 1896 et décédé en 1956, et qui a obtenu le Prix Pulitzer en 1926 pour ce livre.  Précoce Automne raconte la fin d’une dynastie: Si les Pentland ont encore de l’argent et l’illusion de leur grandeur, leur prestige est en fait éteint depuis longtemps. La maladie, la folie, l’absence d’un héritier mâle vaillant sont autant de balises sur le chemin de la décadence. Le salut passera t-il par les femmes? Il est intéressant de us online casino reviews garder en tête que Précoce Automne a été écrit par un homme car il est empreint d’un certain féminisme (en tous cas pour l’époque), les hommes y sont passifs et engoncés dans leurs certitudes, et tout repose sur les femmes, les plus jeunes rêvant de se débarrasser des oripeaux de cette vieille noblesse pour gagner plus de  liberté.

S’il y a beaucoup de finesse dans l’écriture, les personnages m’ont en revanche paru souvent caricaturaux. La vieille tante Cassie, méchante et aigrie, Anson, le mari si fade, O’Hara, le solide gaillard irlandais. Et la folle enfermée dans l’aile nord rappelle forcément un peu trop Jane Eyre…  Une certaine torpeur soporifique  se dégage de l’histoire et des personnages, et j’avoue que je me suis beaucoup ennuyée pendant cette lecture. Malgré toute ma bonne volonté j’avais du mal à lire plus de 20 pages d’affilée, même si de temps à autre un passage parvenait momentanément à réveiller mon intérêt (notamment quand Olivia déterre un vieux secret de famille à propos de l’indigne Savina Pentland disparue lors d’un naufrage avec son cousin). Une déception donc.

Editions Phébus, 334 pages/
Merci à Babelio (Vous trouverez sur le site d’autres critiques plus élogieuses) et aux éditions Phébus.

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[Roman] Avis de tempête – Susan Fletcher

Dans les années 80, sur la côte Sud-Ouest du Pays de Galles, la mère de Moïra mène enfin sa nouvelle grossesse à son terme, après plusieurs fausses couches. Jalouse, troublée par la prochaine naissance de cette petite sœur déjà envahissante, fâchée contre ses parents qui lui ont caché cette grossesse, Moïra profite d’une bourse d’études pour s’exiler dans un pensionnat à l’autre bout du pays. Mais avec son physique lunaire, son intelligence, sa soif d’apprendre, sa réserve, sa difficulté à établir des liens avec les autres, Moïra aura beaucoup de mal à s’intégrer dans son nouvel univers. Bien des années plus tard, Moïra raconte son parcours à sa jeune sœur Amy plongée dans un profond coma…

Je n’aime pas trop d’habitude les romans à tendance descriptive mais ici je me suis vraiment régalée, j’ai adoré la plume précise et ciselée de Susan Fletcher, la puissance sensorielle des paysages,  de chaque bruit, de chaque odeur. Avis de tempête est un roman intense qui vibre au rythme de la mer, une histoire de vent et d’écume.

Roman d’apprentissage Online Casino et drame familial, c’est aussi un concentré d’émotions, un récit troublant sur la féminité et la relation entre sœurs. Moïra est un personnage extraordinaire et complexe, à la fois si forte et si faible, bouleversante dans sa solitude, dans sa difficulté à gérer ses sentiments et ceux des autres. J’ai été émue par sa façon de se tenir toujours à la frontière de tout, comme si elle n’était qu’une simple spectatrice, et puis par sa lente éclosion au monde. Au bout d’un périlleux chemin, elle renouera avec sa famille, qu’elle a si longtemps – et si injustement – rejetée, et surtout elle se réconciliera avec elle-même. On ne sort pas indemne de ce roman et les personnages de Moïra et d’Amy me hanteront pendant longtemps. Cet Avis de tempête m’a donné envie de me jeter sur les autres livres de Susan Fletcher, d’ailleurs La fille de l’irlandais est déjà sur ma PAL.

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[Roman] Les revenants – Laura Kasischke

Nicole, une jolie et brillante étudiante, est tuée dans un accident de voiture provoqué  par son petit ami Craig. Malgré l’hostilité générale Craig revient l’année suivante à l’université où il est accueilli par son colocataire Perry, qui peine lui aussi à se remettre de la mort de Nicole et s’est inscrit aux cours de Mira, une enseignante spécialisée dans l’histoire des pratiques funéraires. Craig ne se souvenant de rien, les circonstances de l’accident restent assez floues, et les informations du journal local ne corroborent pas celles de l’unique témoin de l’accident, Shelly. Et si Nicole n’était pas en plus la personne charmante et délicate qu’elle paraissait être ?  Bientôt des phénomènes étranges surviennent sur le campus.

C’est le 6ème livre de Laura Kasischke que je lis (après Rêves de garçons, La couronne verte, La vie devant ses yeux, En un monde parfait, A moi pour toujours) mais étrangement c’est seulement le 2ème que je chronique sur ce blog. Sans doute parce qu’il est très difficile de résumer un roman de Laura Kasischke… Sous leurs airs plutôt légers, traitant de la middle-class américaine, se cachent des romans d’une Pay Day Loans profondeur insondable dans lesquels la cruauté de la nature humaine finit toujours par vous exploser en pleine face. Les revenants est un roman choral qui alternent les points de vue, avant et après l’accident, de Craig, le petit ami de Nicole, de Perry, le colocataire de Craig, de Shelly, témoin de l’accident, et de Mira, une enseignante qui se débat dans des problèmes de couple. Chacun détient une petite part de la vérité et l’histoire se construit peu à peu comme un fragile château de cartes.  Laura Kasischke a un talent inégalable pour créer une atmosphère de malaise, pour perdre et perturber son lecteur. A la fois campus novel (avec une plongée du côté sombre des sororités américaines, le pendant féminin des fraternités), drame psychologique, thriller, enquête surnaturelle, Les revenants est un roman inclassable et foisonnant dont on ressort complètement étourdi. C’est un livre qui m’a souvent empêché de dormir (je suis une vraie chochotte, et tout ce qui touche au surnaturel me colle des angoisses), mais quand on referme ce roman on se dit que les vivants peuvent être parfois bien plus terrifiants que nos morts.

Editions Bourgois 2011, 587 pages/

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