La petite fille de Monsieur Linh – Philippe Claudel


Après la mort de son fils et de sa belle-fille, Monsieur Linh quitte son pays ravagé par la guerre. Il emmène avec lui sa petite-fille Sang Diü (« matin doux »), sa seule raison de vivre désormais. Hébergé dans un dortoir impersonnel, il découvre un nouveau pays où tout lui est inconnu, froid, sans odeur ni saveur. Un jour pourtant, il rencontre Monsieur Brac, un homme bavard et chaleureux qui vient de perdre sa femme. Au-delà de la barrière de la langue, les deux hommes vont unir leurs solitudes.

Ce roman commence de manière déconcertante, comme un gentil conte un brin désuet et simpliste. L’écriture est sobre à l’extrême, et l’on suit les petits pas de Monsieur Linh avec compassion et tendresse, mais sans passion, en se demandant où nous mène ce charmant vieux monsieur. Et puis brusquement, une révélation inattendue apporte une profondeur vertigineuse au personnage. Les thèmes de la solitude, de l’amour ou du deuil  prennent une nouvelle dimension et l’on saisit alors toute la force de ce portrait fragile et délicat.

Stock 2005, 159 pages, 15.50€

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Lucky – Alice Sebold


Au début des années 80, Alice Sebold a 18 ans et suit des études à Syracuse. Un soir, sur le chemin de sa résidence universitaire, elle est sauvagement agressée et violée. Vingt ans plus tard, elle revient sur ce traumatisme: Le viol, la peur, l’agresseur reconnu dans la rue, le procès, la vie qui doit reprendre malgré tout. Dans cet autoportrait sans concessions, elle redevient cette jeune fille brisée en deux, qui cachait sa fragilité, son malaise et sa solitude sous des allures de fanfaronne. Elle raconte le soutien bancal et maladroit de sa famille, la gêne des amies,  la fascination des inconnus ou le dégoût des « gentils garçons ».

Ce récit cru et puissant offre un éclairage intéressant sur « La nostalgie de l’ange », dans lequel Alice Sebold tentait déjà d’exorciser ses démons. Dans ce roman publié en 2003, elle mettait en scène Suzie, une adolescente de 14 ans violée et assassinée, qui observait la vie terrestre depuis son petit coin de ciel. Dans « Lucky », Alice Sebold laisse tomber le masque du romanesque. Sans fard ni pudeur, sans se soucier du politiquement correct, elle crache sa haine pour son violeur. Un témoignage percutant!

Nil éditions 2005, 322 pages, 19 €
Sélection Prix Elle 2006

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Ne te retourne pas – James W. Nichol





A l’âge de trois ans, Walker est abandonné sur le bord d’une route. Devenu adulte, il part à la recherche de son passé, armé de quelques maigres indices, et aidé dans sa quête par Krista, une jeune fille handicapée rencontrée à Toronto. Parallèlement aux recherches de Walker et Krista, l’on suit l’histoire de Bobby, un jeune garçon inquiétant né dans les années 50. Quel est le lien entre Bobby et Walker? Qui cherche à empêcher Walker de découvrir sa véritable identité?

La principale réussite de ce roman tient au personnage de Bobby: On suit le cheminement patient de la folie criminelle qui va bientôt le ronger, nourrie de sa mégalomanie et de ses frustrations. L’intrigue est angoissante et menée sur un rythme haletant. Dommage que ce thriller tombe souvent dans les travers du genre, raccourcis faciles ou personnages un peu caricaturaux. « Ne te retourne pas » est un polar honnête qui permet de passer un bon moment, sans pour autant révolutionner le genre.

Fleuve Noir 2005, 278 pages, 18€
Sélection Prix Elle 2006

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La saison des prix, 2ème partie: Medicis, Femina et Goncourt des lycéens


Prix Médicis: « Fuir » de jean-Philippe Toussaint (Editions de Minuit)

Jean-Philippe Toussaint a obtenu 7 voix sur 9.

Prix Médicis du roman étranger: »Neige » d’Orhan Pamuk

Prix Médicis de l’essai: « La vie sauve » de Lydie Violet et Marie Desplechin


Prix Femina: « Asiles de fous » de Regis Jauffret (Gallimard)

Il l’a emporté au 7ème tour par 7 voix contre 5 à Christophe Donner pour « Bang Bang » (Grasset).

Prix Femina du roman étranger: « Les chutes » de Joyce Carol Oates (editions Philippe Rey)

Prix Femina de l’essai: « L’ensauvagement » de Thérèse Delpech (Grasset).


Prix Goncourt des lycéens: « Magnus » de Sylvie Germain

Sylvie Germain l’a emporté au second tour avec sept voix, devant « L’attentat » de Yasmina Khadra (4 voix) et « Falaises » d’Olivier Adam (2 voix).

J’ai eu la surprise de constater que la dépêche de l’AFP annonçant les différents lauréats avait repris un extrait du Carnet de Lectures pour présenter « La vie sauve« … C’est le début de la gloire

Dommage que le journaliste n’ait pas jugé utile de citer sa source!

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La saison des prix, 1ère partie: Goncourt et Renaudot 2005

La traditionnelle période des prix littéraires a été lancée aujourd’hui par l’attribution du Prix Goncourt et du prix Renaudot.

Prix Goncourt: « Trois jours chez ma mère » de François Weyergans (Grasset)



Weyergans l’a emporté par 6 voix contre 4 à Michel Houellebecq et « La possibilité d’une île ».

4ème de couverture: Le héros de ce roman, un homme désemparé, décide, le jour de ses cinquante ans, d’annuler tous ces rendez-vous afin d’essayer de savoir où il en est. Il voudrait changer de vie, de métier, de femme, de ville, et même d’époque ! « Je refuse, se dit-il, le côté vomitoire de celui qui se penche sur son passé, je veux m’élancer vers le futur ». Cependant, il ne peut s’ abolir ce passé dont il voudrait se délivrer. Il se souvient d’un voyage de deux mois, en Italie et en Grèce, avec sa femme. Ce voyage a failli les séparer, mais le souvenir qu’il en garde le rend amoureux d’elle. Et pourtant, affirme-t-il, « j’aurais passé ma vie à souhaiter vivre avec d’autres femmes qu’elle ».

Prix Renaudot: « Mes mauvaises pensées » de Nina Bouraoui (Stock)



Nina Bouraoui a obtenu 6 voix contre 5 à Alain Mabanckou pour « Verre cassé ». C’est la voix du président, comptant double en cas d’égalité, qui a permis de départager les deux ouvrages.

4ème de couverture: « Pendant trois ans, je me suis rendue une fois par semaine chez le docteur C. À chaque séance, j’avais l’impression de lui donner un livre, il s’agissait toujours de liens, de séparations, de rencontres, à chaque séance, je construisais et déconstruisais un édifice amoureux. Mes mauvaises pensées est le récit de cette confession, j’ai voulu raconter le métier de vivre et le métier d’aimer. Ce n’est pas le récit d’une thérapie, ce n’est pas une légende, c’est un roman parce que c’est une histoire rapportée ; c’est l’histoire de ma famille, de l’Amie, de la Chanteuse, d’Hervé Guibert, c’est l’histoire de mes deux pays. Je n’ai jamais quitté l’Algérie, on m’a enlevée à l’Algérie, je n’ai jamais fait mes adieux, j’ai appris à devenir en France et je crois que je suis née deux fois. Mes mauvaises pensées est aussi mon retour vers le pays où j’ai laissé quelque chose qui n’a jamais cessé de grandir dans mon dos, et qui n’a jamais cessé de m’effrayer. »

D’autres prix majeurs seront décernés la semaine prochaine, Le Goncourt des lycéens, le Médicis et le Femina (le lundi 7 novembre) et l’Interallié (le mardi 8 novembre).

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